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24 mai, 2007

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Apulée, écrivain amazigh

17 décembre 2006

L’étude suivante répond essentiellement à deux motifs, d’une part à une absence manifeste des études qui traitent des rapports qui unissent l’héritage oral amazigh à la littérature écrite par des Imazighen dans d’autres langues… Si l’oral véhicule l’écrit, si l’oral est à l’origine de l’écrit et si l’oral rend compte d’abord de « l’être collectif parlant », que serait-il de la « voix collective » des Imazighen dans leur création ? Que serait-il des éléments identitaires (de la culture maternelle) au sein d’une œuvre ?

APULÉE, ECRIVAIN AMAZIGH

« Les hommes d’abord muets, parlèrent primitivement, comme nous le montrerons, en écrivant »
(G. Vico, La Science Nouvelle)

Y a-t-il une partie irréductible, propre à l’auctoriel, attachée à la langue amazighe de tradition non écrite, dans toute création ? C’est précisément ce que nous appelons amazighité, c’est-à-dire cette essence irréductible de définition pour un amazigh, à laquelle le créateur ne peut échapper dans sa création : des idées et des sensations millénaires le « traversent » spontanément pour se verser dans d’autres moules étrangers, d’autres moyens de concrétion. Elle est son être premier.

D’autre part, rares sont les étudiants qui savent qu’Apulée est un écrivain amazigh, rarissimes sont encore les étudiants qui n’ignorent pas que “L’âne d’or” est considéré comme l’un des premiers romans, dans sa forme connue, de l’humanité. Il ne s’agit pas là d’un seul exemple au sein de la culture amazighe, il y en a bien sûr d’autres. Citons Saint-Augustin (354-430) et ses Confessions, Tertullien (155-225), Saint Cyprien (200-258) et ses Lettres, Arnobe (deuxième moitié du III siècle) et son « pari » Contre les païens, sans oublier le célèbre dramaturge Térence (-190, -159)…

Que dire alors d’Apulée ? Est-il amazigh ? Apparaît-il soucieux de sa mémoire collective dans son texte romanesque ? Lui, il s’est toujours défini comme « demi Numide et demi Gétude ». Numides et Gétules, rappelons-le, sont les autochtones de l’Afriques du Nord. Là, il y a une déclaration de l’identité culturelle : mi-amazigh et mi-amazigh, c’est-à-dire qu’il est totalement (ou doublement) amazigh. Sa conscience de l’identité s’avère alors claire.

Dès lors, comment Apulée posera-t-il le problème de l’identité dans son œuvre romanesque ?

1 – Apulée, un écrivain amazigh

Il était une fois un écrivain amazigh sans l’être. Destin écrit, mais jamais transcrit. C’est bien Apulée.

Né en 125 à Madaure (M’daourouch, département de Constantine, Algérie), de parents amazighs. Issu d’une famille aisée (son père travaillait comme responsable municipal de Madaure), il fait ses études à l’école de sa ville natale (Saint Augustin y sera également élève) où il arrive facilement à maîtriser le latin.

 l’âge de dix-sept ans, il s’inscrit dans la célèbre université de Carthage (Tunisie) où il excelle en rhétorique et sophistique, ces deux exercices intellectuels sont manifestes dans les différentes digressions du roman sous forme de mise en abyme. Cependant, le jeune étudiant ne rêve point de faire carrière au barreau, les lettres l’attirent plus.

Tenté par l’Orient et la philosophie, il voyagera à Athènes. Ainsi, il va devenir plus hélleniste que latin : son chef-d’œuvre est annoncé comme propre d’un héritage héllenique. Là-bas, il s’initie au Néo-platonisme. Ses préoccupations ne sont pas seulement philosophiques, il étudie également la grammaire grecque, la musique, la physique et d’autres sciences.

Toujours poussé par la curiosité d’un encyclopédiste, il voyage jusqu’en Asie Mineure, en Egypte à la recherche de l’aventure et du savoir. Dans ces pays, il connaît de près, et surtout, l’héritage religieux et mystique de ces cultures : les mystères d’Eleusis et de Mithra, le culte des Cabires. Les religions de Dionysos et d’Isis sont celles qui suscitent davantage son intérêt ; il se convertit tout d’abord à la religion d’Isis, ensuite admis comme prêtre lors de son séjour à Rome.

Seulement la nouvelle de la mort de son père l’oblige à rentrer dans sa ville natale. Grâce à l’héritage de la fortune et des responsabilités municipales de son père, il devient riche et très influent. Nonobstant, il ne s’y installera définitivement car il n’a point perdu le goût du voyage et de la recherche du savoir.

Apulée voyagera ensuite pour vivre à Carthage, il y travaillera comme conférencier mondain. Il pouvait parler sur n’importe quelle discipline de la philosophie jusqu’à la magie, en passant par la médecine, l’astronomie, les sciences naturelles et la musique. Son savoir interdisciplinaire ou encyclopédique lui vaut une grande renommée jusqu’au point que les autorités élèvent une statue de son vivant. Il devient président du Conseil provincial et grand-prêtre de l’Afrique. Des pièces de bronze sont frappées à Rome à l’effigie d’Apulée avec, au revers, une scène des « Métamorphoses » (IV siècle après J.-C.). On les trouve à la Bibliothèque nationale, dans le cabinet des Médailles.

Si sur sa vie, nous avons suffisamment d’information, sur sa mort nous n’avons pas d’indication précise. Nous ignorons l’année, le mois, le jour, le lieu, les circonstances de son décès. Pourquoi ? Sa mort se présente à la fois magique et comme celle de tout amazigh : un jet final et brusque dans l’effacement (les exemples ne manquent pas…) Ce que retiennent les livres d’histoire, c’est qu’Apulée est mort après 170 à Carthage, sans aucune autre précision.

II – Œuvre d’un amazighiste

L’œuvre d’Apulée est immense, elle traite de la philosophie, de la rhétorique, de la magie, de l’histoire , de la théologie et de la cosmologie. Bien que son unique chef-d’œuvre reste le roman “L’Ane d’or” écrit aux environs de 161, il est important de citer les autres textes :

-  L’Apologie (Apulei Platonici pro se de magia) est un texte rédigé lors de son procès pour crime de magie. L’auteur se défend magistralement devant le proconsul Claudius Maximus. Selon L’Encyclopédie Berbère, ce texte est d’un grand intérêt historique car il « offre quantité de renseignements sur son auteur, la magie et la vie en Afrique au II siècle. » (L’Encyclopédie berbère, p.822). Egalement, trouve-t-on dans l’Apologie une source biographique.

-  Les Florides sont publiées en 160. Il s’agit d’un répertoire de conférences réunies par un élève d’Apulée. Il y est question surtout des impressions et des réflexions de l’écrivain voyageur. Le narratif, le descriptif et le purement doctrinal s’immiscent donc dans tous les essais/récits (au nombre de vingt-trois). Ce texte est également important pour connaître maints aspects de la réalité en Afrique du Nord.

-  De deo Socratis (Sur le dieu de Socrate) est un texte de magie : il parle sur l’univers des démons. Ces êtres mystérieux sont présents simultanément dans le monde divin et le monde humain. Ils sont de trois groupes : démons captifs de corps, démons libérés du corps et des démons qui n’ont pas connu de captivité physique. Bien que le texte recherche le côté démoniaque chez Socrate, il invite le lecteur à retrouver la sagesse.

-  De Platone et eius dogmate est un traité philosophique sur l’éthique et la physique chez Platon. Il s’agit d’une lecture faussée du philosophe grec au moment de traiter la question de la morale.

-  De mundo traite la cosmologie et la théologie. Apulée y expose l’idée que Dieu est à l’origine de la vie de tout.

III – Présence de l’auteur

L’art, en général, tend à extérioriser l’être de l’artiste à travers la pratique de l’écriture. Qu’en est-il alors de la présence de l’auteur dans “L’Ane d’or” ?

Apulée, loin de « réfléchir » son être dans le texte, manifeste sa présence derrière des mécanismes romanesque et des figures, en ayant pour objectif d’exercer une certaine maîtrise sur le personnage, et par là sur le lecteur. Ainsi, tout passage se réfère, de façon explicite ou implicite, à un système de pensée. L’Ane d’or se meut dans ce sens ; le roman devient une entreprise, sous forme d’une recherche infinie de la conscience « maternelle ». Apulée, en récrivant l’histoire grecque, rajoute librement des passages authentiquement amazighs.

Il nous revient de saisir la parole de l’écrivain au sein du roman, et de souligner que distinguer le discours de l’auteur au sein d’un texte ou d’un passage est une tâche critique aventurière, qui pourrait être source d’un jugement erroné. De là, les difficultés de discerner clairement les propos de l’auteur des différents discours des personnages, des situations, des descriptions qui forment l’œuvre, ne sont pas à démontrer. Dans L’Ane d’or, la voix auctorielle est souvent explicitée dans la construction de la fiction ou dans le choix des idées et des motifs, sinon sous-entendue par le biais de correspondances établies entre sa culture nord-africaine et les autres cultures, au sein du texte toujours…

A ce propos, nous lisons : « j’ai trop bonne opinion de toi et de ta culture ; je sais que, non seulement la noblesse innée de ta condition, non seulement l’élévation de ton esprit mais le fait que tu as été initié à un grand nombre de religions t’ont enseigné à observer scrupuleusement le devoir du silence. » (P.81) C’est Photis, une bonne, qui parle. Ici, nous avons la condition de l’amazigh ( à rattacher à « noblesse innée »). De même , une explication de la perte de l’identité de l’amazigh : la diversité des cultes…

Rappelons aussi qu’il existe des textes qui sont faciles à lire dans la mesure où le message de l’auteur passe directement ou clairement ; dans d’autres au contraire, le point de vue de l’auteur reste inconnu. Les textes d’Apulée sont complexes au moment où le lecteur se pose la question suivante : Que veut-il dire par là l’auteur ? Où pourrait-on saisir la présence / l’ombre du point de vue de l’écrivain dans les Apologies ? La présence d’Apulée n’est pas plus ostensible dans L’Ane d’or du fait que le protagoniste dévoile ses déambulations pour rejoindre notre univers des métamorphoses.

D’ailleurs, dans les Apologies, de son propre aveu, l’auteur essaye d’exposer tous ses idéaux et convictions. Le lecteur découvre enfin le vrai Apulée même si la présence de l’auteur s’avère camouflée derrière un ensemble de techniques et de procédés de rhétorique qui défont le texte classique. Sa conscience se trouve enfin dévoilée : en tant qu’amazigh il s’oppose à la tradition latino-grecque. Ce chef-d’œuvre est strictement une conscience intellectuelle ; la présence auctorielle y est claire, donc facile à dé-construire…

Faut-il dire que toute œuvre est recherche d’une précise articulation de la vie de l’auteur ou sert-elle tout simplement de medium ou de procédé pour mener à bien un projet scriptural ?

IV.- Poser le problème de la langue amazighe…

« j’obtins quelques petits profits au barreau en plaidant dans la langue des Romains » (p.282)

La langue maternelle, au cas où elle ne forme pas partie des langues « dominantes », constitue un handicap pour l’écrivain à se lancer dans la littérature « écrite ». Ce problème s’est-il posé précisément pour Apulée ? Cette interrogation est valable pour tout amazigh qui prend l’initiative humaine d’« extérioriser » ses pensées et ses sentiments, au moment où rien que la langue écrite de l’autre lui offre cette possibilité. Apulée était, à coup sûr, conscient du dilemme. Justement, nous lisons dès les premières pages de L’Ane d’or : « Aussi demandai-je d’avance l’indulgence, si, maniant maladroitement un idiome qui m’est étranger et extérieur, je commets quelque faute. » (p. 31) Ici, il avoue son incapacité d’écrivain à maîtriser parfaitement une langue étrangère. Autrement dit, on ne maîtrise que sa langue maternelle ! Outre cette conscience « linguistique », nous déduisons la peur ressentie par le romancier vis-à-vis de la langue étrangère. S’agit-il au fait de commettre quelle faute ? Est-ce une faute purement « de langue » et de culture ou vis-à-vis de soi-même ? Est-ce là l’appréhension d’entreprendre une nouvelle œuvre ou bien la peur de ne pas être fidèle au premier texte (écrit ou narré) ?

D’ailleurs, par le simple acte d’écrire en n’importe quelle langue, il est possible de parler d’un projet humain articulé essentiellement par la vision de l’écrivain ; le projet scriptural est à lire comme un système de pensée particulier (propre à l’écrivain) issu d’une culture précise (maternelle). Encore, par la composition du texte, y a-t-il investissement d’éléments subjectifs, émanant de la mémoire collective. De là, nous pouvons noter que des références à la culture amazighe (nord-africaine) abondent dans le texte final L’Ane d’or. Des éléments propres aux règnes animal (âne, hibou), aquatique (puits…) et abstrait (rêve, référence identitaire) apparaissent dans le texte, munis de significations symboliques, culturelles et humaines où la portée principale reste celle exploitée et investie par la culture maternelle.

D’autre part, la structuration du texte connaît un agencement propre à l’écrivain, une composition régie essentiellement par l’art de narrer les contes, élément soustrait de la tradition. Des phrases longues, envergure de la parole. De même, l’art d’expliquer les événements relève aussi de cette même source. Notons que dans son raisonnement, pour bon rhéteur qu’il fut, Apulée utilisait un « curieux système de défense semi-indirecte. Insistant sur des griefs accessoires, il joue de l’ironie : “Etre beau et savoir parler, ! graves accusations que je voudrais bien mériter !” » (Encyclopédia Universalis) Ce n’est point un système curieux ! Là, il s’agit d’un apport net de la rhétorique et de la poétique maternelles, c’est-à-dire ce raisonnement émane « physiquement » de la langue amazighe pour s’investir dans un autre système (le latin), et c’est ce qui fait son « étrangeté » (autrement dit son authenticité).

Ainsi, le problème de la langue de la création, quand elle est étrangère à la maternelle, pose ainsi des interrogations tant au niveau structurel qu’au niveau des idées. Donc, quelle serait la distance qui sépare Apulée de sa culture maternelle ? Nous dirons qu’il écrira inconsciemment (automatiquement) sa culture à travers les lignes de L’Ane d’or dans une langue étrangère.

V – L’Ane d’or, roman amazigh

Ce roman est une adaptation latine d’un récit grec intitulé Lucius ou L’Ane écrit par Lucien de Samosate, à son tour, une autre adaptation des Métamorphoses de Lucius de Patras, texte inexistant. De par son titre, Asinus aureus, nous avons les deux termes traduits « littéralement » en tamazight : « Asnus n waregh ». Sont-ils donc des emprunts ? Du latin à tamazight ou vice versa, il n’y a pas de différence lexicale, en ce qui concerne les deux termes : « asnus » (âne) et « uregh » (or).

Le roman L’Ane d’or est ouvert ; maints récits s’y greffent librement, diversifiant ainsi les péripéties du récit. La narration est un va-et-vient continu entre le vécu et le raconté qui redonnent au texte un équilibre optimal. Il ne s’agit pas de brassage, mais plutôt d’orchestration. L’histoire se compose de 11 parties. Lucius, un jeune Thessalien issu d’une famille aisée, va en voyage à Hypata. Il loue une chambre, précisément chez une sorcière nommée Photis. Menant une recherche contradictoire du plaisir et du savoir magique, il eut des relations affectives avec sa servante. Grâce à cette dernière, il tentera de connaître la magie de Photis. Se trempant d’onguent magique, il devient âne au lieu d’oiseau. Pour retrouver sa forme humaine, il faut qu’il mange une rose. Alors, un grand nombre d’aventures commence pour l’animal, dans sa quête d’un rosier.

Le malheureux animal est volé par des brigands qui vivent dans les montagnes. Là, il connaît Charité, une fille captive. Durant ce séjour, il écoute la servante des brigands raconter à la prisonnière la fable des amours d’Eros et de Psyché. Dans la littérature orale des Imazighen, nous avons une autre version du conte/mythe, mais dénué de sa charge mythologique. C’est l’histoire d’une jeune mariée qui n’a jamais vu le visage de son mystérieux époux nommé « Tinaxda ». Il rentrait la nuit et partait à l’aube, prohibant à sa femme de le voir. En contrepartie, amoureux de sa femme, il la comblait de cadeaux et d’amour. Ses sœurs aînées, jalouses qu’elles étaient du bonheur de leur petite sœur, vont lui conseiller d’essayer de percevoir la forme de l’époux. Une nuit, assurée du sommeil profond de Tinaxda, elle se penche sur lui pour voir sa physionomie. La lampe découvrit des peaux que la jeune commença à déplier tout en chantant, les larmes aux yeux. Arrivée à la dernière (la septième) peau, elle laissa tomber une larme qui brûla le mari endormi. Furieux, il quittera la jeune femme qui doit, afin de récupérer la confiance et l’amour de son époux, accomplir une série d’épreuves dictées par la mère de Tinaxda. A la fin, ils vivront ensemble et auront beaucoup d’enfants.

Nous avons le même enchaînement de faits dans le conte de L’Ane d’or : « Exposée à un monstre qui l’emmène dans un palais enchanté où il la comble de bonheur sans que toutefois elle ait le droit de voir de ses yeux son fabuleux époux. Quand elle obtient une entrevue avec ses sœurs jalouses, celles-ci la poussent à tuer le monstre ; armée d’un poignard et d’une lampe, Psyché se penche sur Eros ; de stupeur, elle laisse tomber une goutte d’huile bouillante sur l’épaule du dieu. Celui-ci la chasse. Pour retrouver Eros, une série d’épreuves dictées par Vénus, parmi lesquelles une descente aux Enfers ; et finalement elle épouse Eros, de qui elle a une fille du nom de Volupté. » (cf. Encyclopédie Berbère).

Maintes questions se posent alors, nous allons nous satisfaire de quelques-unes :

-  Comment fonctionne-t-il ce conte emboîté au sein de l’histoire de L’Ane d’or ?

-  Quelle est la première source du conte : le grec, le latin ou tamazight ?

-  Pourquoi avons-nous le conte de Tinaxda dans sa forme démythifiée ?

Revenons à l’histoire du jeune Lucius métamorphosé en âne. Il s’évadera ensuite pour se retrouver monture d’un fermier, d’un jardinier, d’un soldat, d’un pâtissier et d’un cuisinier. A la fin, Lucius retrouve sa forme humaine après avoir ingurgité une rose, et se convertit à la religion d’Isis pour connaître définitivement la « salvation ».

Ce voyage, de nature picaresque, sert à décrire surtout l’entourage socio-politique de l’époque. Si le protagoniste de L’âne d’or est la représentation de l’homme dans ses conflits intérieurs, le narrateur apparaît comme un grand alchimiste des mots et des scènes qui narrent l’histoire d’une métamorphose de l’homme en âne, alchimie parfaite qui veut « dire » l’infinie curiosité du protagoniste (l’écrivain). Encore, avons-nous un grand nombre de récits et contes cités ; l’emboîtement y est également parfait : il unit dans un même récit amour et haine, dévotion et trahison, fidélité et frivolité, vertu et vice, respect et inceste, tragique et comique, foi et libertinage, et des personnages disparates comme riche et pauvre, brigand et paysan, soldat et commerçant, mégère et vierge, matrone et sorcier… (métamorphoses connues dans les contes nord-africains, influence sur l’écrivain). La métamorphose est nécessaire pour rechercher la vérité des choses ; le fait (ou l’objet) se trouve vu / perçu en conséquence d’angles différents. Contrairement à la métempsycose qui est une mutation irréversible, la métamorphose de Lucius est un procès réversible. C’est pourquoi, nous avons le titre mis au pluriel, alors que le récit ceint une métamorphose cyclique, en un aller-retour : homme-âne-homme. N’est-ce pas là, en plus de la métamorphose du protagoniste, celle de l’écrivain qui est bien sûr cité, dans une scène autobiographique, à la fin de l’histoire ?

VI – L’Ane d’or, un auto-commentaire idéologique

Tout d’abord, où s’arrête le linguistique dans le roman d’Apulée ? Où commence le social ? Où peut-on étudier le linguistique et non le social ? Enfin, ne faut-il pas considérer le linguistique comme une partie du social ou vice versa ? Certes, le social et le linguistique forment une même et cohérente entité, comme l’avers et le revers d’une monnaie. Il est catégoriquement impossible de parler de l’aspect langagier / linguistique sans se référer au social, et vice versa. Car l’œuvre d’Apulée s’apparente à une croisade poétique, politique, sociale, culturelle et métaphysique. En général, l’histoire de Lucius se veut une expérience idéologique qui déstructure les ressorts internes de la réalité, voire du langage, afin de reconstruire un discours critique amazigh.

La formation de l’artiste se fait progressivement par l’influence de l’écrit (ce qui constitue l’étranger, (le « médiat » ) et par le vécu (sa culture maternelle, l’immédiat). Souvent, les grandes œuvres ne sont que des reproductions du vécu, de la tradition et de la culture mère. Là, nous pouvons parler de l’insertion de l’authenticité dans le cas d’un écrivain qui n’écrit pas dans sa langue maternelle ; tout ce qui est original émane de la langue et de la culture maternelles.

Dans l’exemple de L’Ane d’or, il peut être que cette originalité soit manifeste dans la conception du monde qui se précise dans les tribulations de l’âne. Il y a là précisément des thèmes qui peuvent résumer la désorientation de l’être amazigh ou plutôt sa désintégration au sein des remous de l’époque décrite (des brigands, des chevaliers, des montagnards violents…). Par cette vision du monde, le texte devient non seulement une critique de l’existence et de la société, mais également un discours strictement idéologique (la victoire de l’amour pur dans le récit emboîté, et la réincarnation de l’homme pour le récit principal). En outre, quel serait le trait qui maîtrise la vision du monde chez Apulée ? Souvent, l’imprévisible représente un élément prédominant dans le roman. Parfois, c’est l’incertain qui pousse l’écrivain à créer : il y a investissement du possible, du hasardeux et de l’imprécis sans désocialiser le roman. C’est pourquoi tout texte, de n’importe quel genre ou typologie, s’offre au lecteur comme un corps chargé idéologiquement, véhiculant un discours précis par le biais du personnage, du narrateur, du texte et de l’auteur qui sont des entités significatives importantes.

D’ailleurs, le protagoniste de L’Ane d’or, par ses actes et spéculations infinies, remet en question toute la société du II siècle. Lucius, bien sûr après l’écrivain, voit sa tâche de jeune curieux vis-à-vis de la société se réduire à mener une recherche du savoir. Ainsi, tout acte se présente en tant que fait critique ; parallèlement toute insertion poétique de l’auteur se situe du côté de la réalité, vouée à son analyse.

L’idéologie non seulement préexiste au discours mais également existe au sein de la fiction. Là, elle retrouve une parfaite et adéquate « concrétion ». L’auteur ne représente alors qu’un ensemble de faits qui peuvent charrier facilement tout son message vers son lecteur. Une telle représentation démontre l’essence de la conscience partagée entre l’auteur et le lecteur dont les rapports sont essentiellement de nature idéologique ; les déstructurer aide l’interprétation à aboutir à d’importants résultats. L’acte d’écrire est essentiellement « lire le réel » et le représenter dans un projet qui ordonne la réalité avant de l’organiser en un système le texte. Tout comme la représentation implique l’idéologie, l’image finie du réel n’existe pas dans l’œuvre des deux écrivains. Il y a plutôt un jeu de réduction.

L’idéologie de l’écrivain réside ainsi dans la structuration de son projet : une œuvre modèle où toute la pensée de l’auteur est mise à nu. En général, la culture se trouve explorée méthodiquement dans ses différentes manifestations. A ce niveau, L’Ane d’or se définit comme un roman par excellence nord-africain, il y est question de l’histoire d’une situation socio-économique en pleine agitation. Une précision historique : le roman est écrit avant la contestation de l’ordre romain, avec l’avènement de Marc Aurèle. Sous ce règne allait commencer l’insurrection des Maurétaniens.

Enfin, la charge idéologique dévoile la part occupée par l’auteur dans un texte, mais implique une structure kaléidoscopique de l’Autre. Afin de rechercher les corrélations entre le moi de l’écrivain et le roman, l’on suppose que cet ego, parallèlement à la fiction, se présente comme un réel positif, c’est-à-dire une structure première où l’origine apparaît implicitement dans les deux espaces, dotée d’une forme, bien sûr, antérieure à la forme finale (littéraire).

VII – Quelques figures…

Prenons hâtivement quelques exemples afin d’illustrer cette insertion des éléments-symboles (formes et contenus) dans le roman, cherchons également leurs significations culturelles :

*L’âne / aghyul : Le protagoniste se métamorphose en âne au lieu d’un volatile (oiseau). Cette mutation répond parfaitement à l’état psychique de Lucius qui est doté d’un esprit volage et hédoniste. Seulement, pourquoi le choix de l’animal « âne » pour narrer une histoire partagée entre l’imaginaire et le réel ? La source reste la culture amazighe où cet animal symbolise à la fois la stupidité, mais aussi la malice (cf. à « azedjif n weghyur »), à l’encontre de l’oiseau qui symbolise la légèreté et la frivolité (cf. à « azedjif n wejdid ou n tejditt »). De là, cette métamorphose de Lucius présuppose la tendance à la maturité…

Sur l’intelligence de l’âne, nous lirons un passage « culturellement amazigh » : « L’autre âne, devinant mon intention et me devançant, se mit tout à coup à feindre une extrême fatigue, se laissa tomber avec toute sa charge et resta étendu, comme mort ; ni les coups de bâton, ni les coups d’aiguillon, ni les tractions exercées en tous sens sur sa queue, ses oreilles, ses pattes pour le soulever ne parvinrent à en tirer un effort pour se mettre debout, jusqu’au moment où, lassés d’espérer en vain, les brigands, après avoir tenu conseil, décidèrent de ne pas retarder leur fuite (…) tirèrent l’épée et lui tranchèrent les jarrets, enfin, ils le tirèrent un peu à l’écart du sentier et le précipitèrent, respirant encore, du haut d’une pente (…) Alors, moi,, réfléchissant au triste sort de mon malheureux camarade, je décidai de renoncer aux ruses et aux fourberies et de servir mes maîtres en âne sans reproche » (p.94)

Rappelons une série de proverbes/expressions amazighs qui se rapprochent de cette scène d’âne rétif :

« Sekk aghyur, sekk imejjan-nnes.

-  Yecca anect min yecca weghyur di tsawent.

-  Ma ad ac arigh s udvar n weghyur ?!

-  Yena-s weghyur : wenni day-i a yartan, ad yecc adan-inu.

-  Ij ighars i weghyur, ij yazu-t.

-  Yemmut weghyur deg uqemmum n yifri.

-  Yeshundart weghyur, yiwedv rhimran i yighyar.

-  Ar ad yesghuyy weghyur di rebhar.

-  Itacem aghyur, itsedha tbarda.

-  Tittawin n wgheyur deg arden.

-  Sennej i wur, sadu wur, am tbarda x weghyur. »

Ces citations montrent d’une part l’importance de cet animal au sein de la société amazighe, et d’autre part ses diverses significations allégoriques (quel’écrivain exploite dans la fiction). Bien que l’animal se présente sans parole, il narrera maints événements, décrira des scènes, expliquera des intrigues, élaborera des satires violentes, réfléchira profondément… De même, quoique l’âne représente l’instinct sexuel, il « réfractera » mieux l’image de l’homme qu’il a été auparavant. Cette métamorphose l’emmènerait à délaisser l’univers hédoniste, c’est-à-dire ce comportement quotidien guidé par la passion, à embrasser le raisonnement : ainsi les descriptions et les explications abondent dans le texte. Au fil de son raisonnement, notons que le lecteur découvre une étude sociale et culturelle de l’époque (II siècle).

*Le hibou / muka : Le hibou, animal nocturne et désignant une personne solitaire, est considéré chez les Imazighen comme un présage du malheur, surtout de la mort. Il désigne également la laideur et la vieillesse. Nous lisons dans le roman d’Apulée : « Quel bel, quel aimable amoureux pour le plaisir d’une femme, qu’un hibou ! D’ailleurs, ne voyons-nous pas que l’on a grand soin de capturer ces oiseaux de nuit, lorsqu’ils ont pénétré dans une maison, et qu’on les cloue sur la porte, afin d’expier, par leur propre supplice, la catastrophe dont ils menacent les habitants par leur vol de mauvaise augure ? » (p.86)

Citons deux expressions populaires en tamazight sur l’oiseau :

« Yegga muka. » (pour dire de quelqu’un qu’il est solitaire.)

-  Mara gherben-c ijdvddv arr rhvarr x muka. »

Ici, nous remarquons que cet animal est depuis longtemps persécuté par les nord-africains.

*Le puits / anu : Source de la vie, le puits désigne l’essence. Un puits plein d’eau représente le bonheur pour les paysans car il assure la survie. Synonyme également de l’absent, le puits est un lieu mystérieux où habitent les démons. De même, nous avons l’expression « Wdva deg wanu » pour dire « Se suicider » (cf. Les chansons populaires). Dans L’Ane d’or, nous lisons : « تelle tourna sa colère contre son propre sang : s’entourant d’une corde, elle attacha contre elle, avec ce même lien, le petit enfant qu’elle avait eu de son mari, quelque temps auparavant, et se jeta dans un puits très profond » (p.192) Cette forme de suicide, faisant partie du rituel amazigh, est souvent choisie par une femme trompée par son mari.

Voilà l’occurrence du terme « anu » dans une expression figée :

« -Yeggûrar yejja azru yewdva deg wanu. »

Ici, il est synonyme de l’infini, de l’origine.

*Le rêve / turjit : A chaque peuple correspond une philosophie « onirique », un mode de rêver (en tant que production), tout comme une manière de lire (en tant que réception).

Nous lisons : « ne te laisse pas terrifier par les vaines images des songes. Car, non seulement l’on considère comme mensongères les images qui viennent pendant un sommeil de jour, mais encore les rêves nocturnes annoncent bien souvent le contraire de ce qu’ils représentent ; Ainsi, pleurer, être battue, parfois même être égorgée présagent gains et heureux profits ; au contraire, rire, s’emplir le ventre de bonbons et de douceurs ou s’unir à quelqu’un pour goûter le plaisir de la chair signifieront que la tristesse, la maladie, et autres maux vont vous tourmenter. » » (p.110) Là, nous avons également une explication amazighe des rêves : le négatif dans le rêve renvoie au positif dans le réel.

Précisément, sur cette opposition réel / rêve, l’on dit :

-  « Meolik aqzin war itarja itett trid, itiri yemmut. »

Ceci est propre aux rêveurs qui croient aux récits * *La référence identitaire : Dans le roman, le lecteur découvre un personnage nommé « Barbarus » dont les infidélités de sa femme sont narrées (p.211), identiques à celles que l’on raconte dans les contes amazighes. De même, le terme « barbare » est cité dans les paroles d’un berger près de sa femme blessée lors d’une fuite, attaqués par une tribu : « Pourquoi attaquez-vous si cruellement de malheureux voyageurs dans la peine ? Pourquoi les lapidez-vous ? Quel butin visez-vous ? Quel tort prétendez-vous venger ? Vous n’habitez pourtant pas des cavernes de bêtes féroces ou des rochers, comme des barbares, pour prendre plaisir à répandre le sang humain ? » (p.189) La notion de « barbare » (désignant également le « maure ») s’y trouve débattu, voire indirectement mise en question.

Citons un autre passage important à analyser : « Alors, mettant sa main droite sur moi, le vieillard, avec bonté, me conduit aussitôt devant la porte de l’imposant sanctuaire ; et, après avoir célébré selon le rite solennel la cérémonie de l’ouverture et accompli le sacrifice du matin, il tire d’un lieu secret, au fond du saint des saints, certains livres écrits en caractères mystérieux, les uns portant des figures d’animaux de toutes sortes qui symbolisaient en abrégé les formules rituelles, les autres renfermant un texte noté avec des signes compliqués, arrondis en forme de roues avec des traits en spirale comme des vrilles de vigne qui en défendaient la lecture contre la curiosité des profanes. Après les avoir consultés, il m’indique ce que je devrai obligatoirement préparer pour servir à l’initiation. » (p.276) De quelle écriture s’agit-il au fait ? Ces roues, ne seraient-ils pas les « b », « c », « o », « h », « r », « s » et « * » en tifinagh ? Et ces spirales, ne seraient-ils pas les « d », « g », « f »,« k », « p », « h », « i », « q », « l », « w », « x », « y » et « z » ? Ce qui renforce notre hypothèse, c’est la description géométrique de l’écriture tifinagh ; ces deux formes structurent totalement l’« imaginaire écrit » des Imazighen !

A la fin du roman, le protagoniste « cesse d’être Corinthien pour devenir citoyen de Madaure (Madaurensis). En s’identifiant ainsi avec son personnage, Apulée suggère qu’il n’était pas indifférent aux péripéties antérieurement rapportées, que la destinée de Lucius lui tenait à cœur, et qu’il entendait en tirer des enseignements profitables : il joue en somme les propagandistes de la religion isiaque et, par là, combat peut-être le christianisme qui, à l’époque, se répandait rapidement en Afrique. Le bruit courait dans ce pays que les chrétiens adoraient un dieu à tête d’âne. Le salut de Lucius pouvait par conséquent être interprété comme celui d’une âme momentanément abusée par la « superstition » chrétienne. » (Encyclopédie berbère, p. 824) Là, nous dirons qu’il y a non seulement la récupération de son être profond, mais aussi l’investissement implicite de l’amazighité.

En conclusion…

Il s’avère, pour montrer l’amazighité du texte romanesque, indispensable d’analyser l’entourage socio-politique qui a été derrière l’engendrement de cette littérature. L’Ane d’or n’est pas un texte picaresque, mais plutôt roman initiatique. Son odyssée, en plus de sa signification spatiale, est totalement étatique (de métamorphoses culturelles, identitaires et ontologiques).

H. Banhakeia, (Université d’Oujda)

vive les contradictions

Classé dans : Non classé — nailinassima @ 20:57

14 avril 2007

Mercredi 21 Février 2007 a été célébrée la Journée internationale de la langue maternelle, une fête organisée par l’ Unesco ( l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) par laquelle elle entend se réapproprier la langue maternelle et préserver la diversité linguistique dans le monde.

Il y a à peine quelques mois, au mois de novembre dernier plus exactement, l’ Unesco a également célébré la Journée mondiale de la philosophie au Royaume du Maroc, à Rabat, capitale ( de la culture arabe en 2003 ) du pays. Mohamed Abed Al-Jabiri, ce “grand philosophe ” marocain qui rêvait de marquer l’ Histoire y a eu le droit à un hommage plus que particulier.

L’ Unesco a donc encensé chaleureusement l’ homme qui a affirmé à plusieurs reprises qu’ « il faut extirper les dialectes berbères… », qu’ il faut donc détruire le tamazight, langue maternelle de la majorité des Marocains. En plus d’ être celle de ce raciste amazighophobe ! Quel étonnant paradoxe !

Une question s’impose d’elle-même : l’ Unesco est-elle vraiment une organisation qui se bat pour l’ éducation ( l’ enseignement de tamazight par exemple ), pour la science ( et donc la logique ) et pour la culture ( la culture amazighe est vieille de plusieurs millénaires ) ? Elle couvre de fleurs un raciste hideux qui veut la mort du tamazight et donc des Amazighs et fête en même temps la journée dédiée à la langue maternelle. Tout cela le plus normalement du monde.

Une attitude absolument irrationnelle, décevante mais significative : les Arabistes ont réussi à noyauter l’ Unesco, à recruter des victimes naïves pour légitimer leur cause : la cause arabe en plein pays amazigh, le Tamazgha. Celle de ces colonialistes invétérés voulant à tout prix faire du Maroc le pays de Sindbad le Marin et autre Ali Baba et les quarante voleurs. Mais en vain.

Le tamazight est, en plus d’ être la langue maternelle des ¾ de la population marocaine -la mère des langues-, une des plus anciennes langues de l’ humanité. Une langue que l’Unesco est censée défendre, mettre en valeur, immuniser et protéger des lobbies arabes racistes et des “Ichlhiyen n Srbiss” comme Al Jabiri. Celui-là même qui a déclaré la guerre totale au tamazight. Quand l’ Unesco prendra -t–elle conscience de son erreur, celle d’ avoir applaudi et décorer un des plus grands amazighophobes que l’ histoire ait jamais connu ?

Alahyan Fatima

sociologie

Classé dans : Non classé — nailinassima @ 20:53

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40px-Socio_template Bienvenue sur le portail de la sociologie de Wikipédia !

La sociologie est l’étude des phénomènes sociaux. C’est Sieyès qui le premier propose ce terme. C’est toutefois Auguste Comte qui lui donne son sens actuel. Même si, de Platon à Montesquieu, les études de nature sociologique sont anciennes, ce n’est qu’au milieu du XIXe que naît un ensemble systématique de travaux qui considèrent le social comme un domaine d’étude sui generis, notamment ceux de Alexis de Tocqueville, Karl Marx et Frédéric Le Play.

Il faut attendre le tournant du XXe siècle pour que la sociologie trouve une assise institutionnelle. De cette époque datent également les travaux qui forment encore le socle de la discipline, en particulier ceux de Max Weber, Georg Simmel et Émile Durkheim. Ces auteurs proposent, les premiers, des modèles d’intelligibilité et des protocoles d’enquête systématiques et cohérents entre eux pour étudier les phénomènes sociaux.

La sociologie est aujourd’hui une discipline diversifiée, à la fois dans ses objets, ses méthodes et ses paradigmes. On lui doit la mise au jour d’un ensemble de faits, comme les inégalités sociales devant l’école ou les facteurs sociaux du suicide. Discipline récente, elle est une source d’intelligibilité indispensable à la compréhension du monde contemporain.

N’hésitez pas à poster vos idées, vos critiques ou autres sur sa page de discussion.

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Karl Marx

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Karl Marx

Septième section : Accumulation du capital

Chapitre 23 : Reproduction simple

Pour produire de manière continue, le capitaliste doit continuellement retransformer une partie de ses produits en moyens de production. De ce fait, par le processus de production, le capitaliste produit et reproduit la force de travail. Ainsi, le capitaliste souhaite juste « limiter la consommation individuelle des ouvriers au strict minimum », afin que l’ouvrier puisse reproduire sa force de travail.

Aussi, si la plus-value est entièrement dépensée par le capitaliste, on assiste à un phénomène de reproduction simple : le capitaliste reproduit toujours le processus de production dans les mêmes mesures, il obtient ainsi une part constante de plus-value.

Chapitre 24 : Transformation de la plus-value en capital

En revanche, si le capitaliste ne dépense pas l’intégralité de la plus-value qu’il s’est approprié, il la capitalise, c’est-à-dire qu’il la réinvestit dans le processus de production, ce qui lui permettra par la suite d’en retirer une quantité croissante de plus-value. Ainsi, c’est grâce à cette capitalisation de la plus-value que se produit l’accumulation. Pour certains, le capitaliste doit donc pratiquer l’abstinence, c’est-à-dire qu’il doit s’efforcer de consommer le moins possible de la plus-value (il doit donc résister à l’envie de la consommation ostentatoire), afin de la capitaliser. « Si le prolétaire n’est qu’une machine à produire de la plus-value, le capitaliste n’est qu’une machine à capitaliser cette plus-value.»

Lire l’article …

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Articles reconnus de qualité

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25px-Nuvola_apps_mozilla Sociologue du mois

Jane Addams

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Jane Addams

Jane Addams est une réformatrice sociale nord-américaine, sociologue, philosophe et auteure. Elle est née à Cedarville, Illinois, le 6 septembre 1860 et décédée à Chicago, Illinois, le 21 mai 1935.

Sa mère mourut quand elle avait trois ans mais elle fut profondément influencé par son père qui avait la dure mentalité des Quakers. Addams fut diplômée du Séminaire de Rockford en 1881. Elle atteint alors le College féminin de médecine à Philadelphie mais fut obligée d’abandonner ses études après avoir eu une opération médicale. En 1888, au cours d’un voyage en Europe, Jane Addams et Ellen Starr visitèrent Toynbee Hall. Quand, Addams et Starr retournèrent à Chicago en 1889, elles décidèrent de commencer un projet similaire à Chicago. Addams et Starr aménagèrent à Hull House le 18 septembre 1889 dans ce qui devint le premier des centres sociaux américains. Jane Addams est devenu alors la créatrice de l’Aide sociale publique aux États-Unis.

En 1909, elle fut membre fondatrice de l’Association Nationale pour l’Avancement des Personnes Colorées. L’année suivante, elle devint la première femme présidente de la Conférence nationale du travail social et en 1911 elle aida à la création de la Fédération Nationale des Settlements.

Militante du droit de vote des femmes, Addams était vice-présidente de l’Association Nationale Américaine pour le Droit de vote des Femmes (1911-1914). Elle soutint Theodore Roosevelt et le Parti Progressiste en 1912 aux élections présidentielles. Certains de ses amis critiquaient ce soutien devant le programme de politique étrangère assez agressif et son manque de volonté pour supporter ouvertement les droits civils des Afro-Américains.

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La sociologie est l’étude des phénomènes sociaux. C’est Sieyès qui le premier propose ce terme. C’est toutefois Auguste Comte qui lui donne son sens actuel. Même si, de Platon à Montesquieu, les études de nature sociologique sont anciennes, ce n’est qu’au milieu du XIXe que naît un ensemble systématique de travaux qui considèrent le social comme un domaine d’étude sui generis, notamment ceux de Alexis de Tocqueville, Karl Marx et Frédéric Le Play.

Il faut attendre le tournant du XXe siècle pour que la sociologie trouve une assise institutionnelle. De cette époque datent également les travaux qui forment encore le socle de la discipline, en particulier ceux de Max Weber, Georg Simmel et Émile Durkheim. Ces auteurs proposent, les premiers, des modèles d’intelligibilité et des protocoles d’enquête systématiques et cohérents entre eux pour étudier les phénomènes sociaux.

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Aussi, si la plus-value est entièrement dépensée par le capitaliste, on assiste à un phénomène de reproduction simple : le capitaliste reproduit toujours le processus de production dans les mêmes mesures, il obtient ainsi une part constante de plus-value.

Chapitre 24 : Transformation de la plus-value en capital

En revanche, si le capitaliste ne dépense pas l’intégralité de la plus-value qu’il s’est approprié, il la capitalise, c’est-à-dire qu’il la réinvestit dans le processus de production, ce qui lui permettra par la suite d’en retirer une quantité croissante de plus-value. Ainsi, c’est grâce à cette capitalisation de la plus-value que se produit l’accumulation. Pour certains, le capitaliste doit donc pratiquer l’abstinence, c’est-à-dire qu’il doit s’efforcer de consommer le moins possible de la plus-value (il doit donc résister à l’envie de la consommation ostentatoire), afin de la capitaliser. « Si le prolétaire n’est qu’une machine à produire de la plus-value, le capitaliste n’est qu’une machine à capitaliser cette plus-value.»

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Jane Addams est une réformatrice sociale nord-américaine, sociologue, philosophe et auteure. Elle est née à Cedarville, Illinois, le 6 septembre 1860 et décédée à Chicago, Illinois, le 21 mai 1935.

Sa mère mourut quand elle avait trois ans mais elle fut profondément influencé par son père qui avait la dure mentalité des Quakers. Addams fut diplômée du Séminaire de Rockford en 1881. Elle atteint alors le College féminin de médecine à Philadelphie mais fut obligée d’abandonner ses études après avoir eu une opération médicale. En 1888, au cours d’un voyage en Europe, Jane Addams et Ellen Starr visitèrent Toynbee Hall. Quand, Addams et Starr retournèrent à Chicago en 1889, elles décidèrent de commencer un projet similaire à Chicago. Addams et Starr aménagèrent à Hull House le 18 septembre 1889 dans ce qui devint le premier des centres sociaux américains. Jane Addams est devenu alors la créatrice de l’Aide sociale publique aux États-Unis.

En 1909, elle fut membre fondatrice de l’Association Nationale pour l’Avancement des Personnes Colorées. L’année suivante, elle devint la première femme présidente de la Conférence nationale du travail social et en 1911 elle aida à la création de la Fédération Nationale des Settlements.

Militante du droit de vote des femmes, Addams était vice-présidente de l’Association Nationale Américaine pour le Droit de vote des Femmes (1911-1914). Elle soutint Theodore Roosevelt et le Parti Progressiste en 1912 aux élections présidentielles. Certains de ses amis critiquaient ce soutien devant le programme de politique étrangère assez agressif et son manque de volonté pour supporter ouvertement les droits civils des Afro-Américains.

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Proverbes algériens

Classé dans : Non classé — nailinassima @ 20:51

Un proverbe algérien dit :  » Dja aykahhal lu aemâh  » (il est venu lui mettre du khôl, il l’a aveuglé).

Un autre répond :  » Djabet laâwar aywannasni hal aâynu wakhlani  » (j’ai amené le borgne pour me tenir compagnie, il a ouvert son oeil et m’a fait peur « ,

un troisième résume la situation :  » Rahat ardjal al hayba wabkat ardjal el khiba  » (les hommes dignes et imposants sont partis et les hommes décevants sont restés).

Citation de Latifa Ben Mansour

(Des émirs à l’amiral d’un bateau ivre de colère et de hogra

L’architecture amazighe du Sud-Est marocain

Classé dans : Non classé — nailinassima @ 20:44

La construction des maisons était un art très respecté chez les amazighes du sud-est marocain( Tinghir, M’gouna..), ils y mettaient toute l’attention et le soin nécessaires pour réaliser des chef-d’œuvres qui témoignent toujours de cette grande architecture ancestrale.

Hélas la modernité l’emporte de plus en plus sur l’art traditionnel, et le béton remplace petit à petit la terre battue. Cependant, nous sommes tous convaincus de la beauté de cet art et toute l’humanité fait des efforts pour sauvegarder et protéger le peu qui nous reste de cette civilisation mythique et discrète. Les amazighes concevaient et réalisaient leurs œuvres avec un grand respect de la nature, avec des matériaux tels que le pisé ( terre battue : Taboute), la pierre et le bois, les fresques d’ardoise colorées, les plafonds traditionnels « tatoui » (branche de laurier. Ils utilisent la terre teintée (mélange de terre, poudre de marbre, plâtre, chaux et ciment blanc) pour la réalisation d’enduits et fresques. Les motifs utilisés sont des synthèses des ornements classiques du bassin méditerranéen et de la culture berbère. Une abondance de symbole du tifinagh (langue amazighe) entourent et embellies les murs des maisons, les formes des fenêtres et des portails.

Jadis, les maisons étaient construites d’une façon collective(tanaybeyt ou twiza : la troupe de fabrication(tarbiet n tabout) se déplace de la maison de l’un à celle de l’autre) les maisons sont très proches les unes des autres pour faciliter le déplacement du chantier et généralement elles ont des murs en commun, cette structure s’appel Ighram : Il a des parties communes comme immi nghrem ( la grande entrée), laalou ou Askimou( place quotidienne), généralement une mosquée et d’autres places(Inraren) pour d’autres activités(jeux, aïd, fêtes, moissons). Le positionnement de ce groupe de maison n’est pas laissé au hasard, tous les villages( ighreman) sont exposés contre les vents, les pluies et les inondations de l’hiver(généralement situés sur des collines exposées Nord-Sud), à proximité des champs et de l’eau. Les familles aisées sortent un peu sur cette règle et construisent Tighrematine( diminutif de Ighrem et connu aussi sous le nom Kasbah) : se sont des petits villages avec pleins de chambres pour les domestiques, le bétail, les bêtes…etc. L’architecture de ces grandes demeures est assez semblable partout et ne dépend pas des régions, probablement lié aux familles qui les ont construites, une sorte d’appartenance à une même strate sociale, les plus célèbres sont celles des GLAOUIS, mais la route des mille et une casbahs raconte éternellement cette histoire. Todra fait partie de cette région et chacune de ses tribus possède toujours la partie ancienne de son aménagement (Ighrem Aqdim)

A l’intérieure de ces demeures tu trouveras des formes géométriques adaptées à la vie des familles, au climat des régions notons la hauteur des plafonds vers le sud contre les petits toits vers la montagnes, les alcôves (lqoba et mechouare) contre la petite pièce (lghourfte) Le respect de la hiérarchie famille se traduit par la notion du chambre élevée pour le maître de la maison qui occupe la chambre haute(talborjte) Les munitions sont gardées dans des greniers spéciaux dont la dame détient toujours la clef (ahanou lkhzen, boymendi) où sont stockés les dattes (achqouf n tiyni, huile, aqsous n’ouksoum, oudi..). La gestion du grenier pose souvent des problèmes aux grandes familles et on revient au chef pour trancher. L’arrivée du béton à tout bouleverser mais le charme des anciennes maisons attire toujours, et on voit de plus en plus de nouvelles maisons modernes avec l’architecture ancienne. Le retour aux origines est souvent original. Des photos magnifiques de cet art sont partout dans le monde (cartes postales, internet..) et pour plus de détails des livres spécialisés traitent ce sujet.

La dignité perdue des Imazighen

Classé dans : Non classé — nailinassima @ 20:40

Par: Moha Moukhlis

Notre histoire millénaire témoigne. Le peuple amazigh ne peut être domestiqué ni docilisé par la contrainte, le terreur et la repression. En dépit de la marginalisation qu’il a endurée, il a toujours refusé de se laisser berner par le mensonge des prophètes illuminés, la démagogie et la manipulation idéologique. Il aspire à être guidé par l’exemple et l’équité. les traces laissées dans l’histoire par sa volonté inébranlable de continuer à vivre debout sont éloquentes.

Au temps où il fut gouverneur de Numidie, Salluste a écrit: « Les Numides ne peuvent être enchainés ni par la crainte ni par les bienfaits ». Dopés par une résistance permanente, Imazighen finissent par repousser l’envahisseur. C’est un peuple rebelle, assoiffé de liberté jusqu’à l’anarchie.

Aujourd’hui, sur leur propre terre, Imazighen constatent que la peur, la veulerie et l’encanaillement ont submergé leur valeurs de dignité, de liberté et de tolérance.D’hommes libre et souverain, ils sont devenus les parias d’un pouvoir en quête de légitimité, qui a programmé leur anéantissement. Les idéologies exogènes, éthnocidaires distillées par le pouvoir et « ses » organisations politiques populistes ont fissuré son être et désintégré son identité et sa culture. Ses structures communautaires sont pulversitées pour leur substituer des modèles d’organisation et de gestion batards.

Le pouvoir actuel, déja élitiste en raison de sa collusion multiforme avec le colonisateur a encouragé l’émergence d’une caste de mercenaires de la culture et de la politique, une horde de loups affamés et de prédateurs qui broutent sur le dos du peuple et qui ont entrainé notre pays dans un cycle endémique de sous développement généralisé.

L’arabo-islamo-baàathisme, idéologie déletère qui soustend le pouvoir,non seulement bloque toute marche ou évolution de la société, parce que tournée vers un passé mythique et des valeurs obscurantistes et rétrogrades, mais a laissé des séquelles aussi meurtrières qu’un champ de mines anti-personnelles. Elle est devenue le cimetière de la conscience nationale.

Cette doctrine totalitaire et totalitariste s’est scindée en deux: l’aile radicale incarnée par les tenants d’un discours marxisant orientalitarisé et les adeptes d’un fanatisme religieux aux allures primitives et moyenâgeuses, n’hésite pas, contre toute manifestation de l’amazighité, à pronostiquer le pire et, dans une fuite en avant, anoncer l’apocalypse par le biai d’un discours hystérique et révisionniste; l’aile démagogique dont le parti du premier ministre actuel -Youssoufi- constitue le modèle inégalable, est hébérgée par le pouvoir dans ses institutions « privatisées », il la nourrit et prolonge ses jours.

La société et l’identité amazigh sont étouffées par l’encanaillement. D’aucuns ne croient pas ce qu’ils disent ou défendent mais continuent à faire semblant d’y croire par ruse ou défi. D’autres savent que des faits sont anormaux, cependant se comportent à leur égard comme s’ils sont naturels, pour toujours agir dans la perspective du politiquement correcte. Certains constatent que tout va de travers mais persistent à soutenir de manière éhonté que tout baigne dans l’huile parce qu’ils y trouvent leur compte et évitent ainsi de rendre des comptes. Imazighen sont écoeurés quand ils réalisent qu’on tait la vérité sous la contrainte, qu’on falsifie son histoire, glorifie des traitres, piétine les lois, sa dignité, méprise sa langue et ses valeurs, spolie ses terre…sans redouter la sanction qui ne s’applique que contre lui.
Ils sont dégoutés de voir qu’on choisit des personnes à des places qu’elles ne méritent pas, des personnes qui, après avoir prété serment, trahissent leur engagement,l’essentiel pour eux étant d’avoir leur part du gateau. Imazighen sont écoeurés de voir que notre Etat et nos responsables perdent leur dignité et leur honneur en couvrant des pratiques irregulières, en laissant la justice devenir partiale, en encourageant l’enrrichissemnt illégal et frauduleux par le détournement des deniers publics.Ils sont choqué de constater que l’administration, renonçant à sa vocation de service public, est devenue un instrument de contrôle entre les mains des interêts économico-politiques des puissants du moment, puisque rien n’est éternel! Imazighen ont soif de dignité. Ils éstiment à raison que l’honneur de notre Etat serait de poser des règles et de les respecter, les appliquer sans complaisance, de servir le citoyen et non de devenir un lourd fardeau sur ses épaules, et non de permettre à une caste d’opportunistes de piller le pays et d’agir dans le désordre pour sauver leurs interêts sordides.

Les valeurs de morale amazigh veulent que les solutions « personnelles » qui entrainent le favoritisme, le népotisme et le clanisme soient bannies car elles peuvent tirer d’affaire « individuellement », elles satisfont la minorité mais nuisent au pays et laisent la majorité.

Adopter des astuces et des reflexes idiotiques et autarciques dans une société moderne est une attitude suicidaire dont les conséquences seront catastrophiques pour notre avenir et devenir. Les valeurs amazigh prônent un comportement social collectif sain. Les valeurs de justice et d’équité amazigh veulent que chaque citoyen ou responsable accomplisse ses devoirs civiques, travaille avec sérieux, paye ses impôts, refuse la corruption, dénonce l’injustice et l’arbitraire sans que sa volonté ne soit altérée par la peur, les représailles ou la repression. Nos responsables ont perdu leur honneur car ils savent et se taisent; ils laissent violer la morale publique sans protester car la peur leur fait baisser la tête devant le mal, au lieu de promouvoir le sens civique, d’initier le mouvement de salubrité publique. 
Face aux invasions étrangères et aux crises, le peuple amazigh a pris les armes, sacrifié des vies pour défendre sa partie. Il s’est honorablement aquité de ses devoirs. Il a voté à n’en plus pouvoir et , aujourd’hui, il se demande si celà n’a été que pure perte. C’est à son honneur d’avoir souscrit à la défence de son integrité térritoriale, d’avoir opté pour la sérénité, la patience et l’espoir pour que le pays garde sa stabilité, dans le cadre du respect de ses valeurs millénaires.
Le pouvoir, à bout d’arguments car enlysé dans l’orbite d’hommes obsolètes et périmés, lui parle d’idéologie alors que c’est la moralisation de l’Etat qu’il veut, le respect de son identié et sa reconnaissane. IL réalise que ses représentants qui lui ont promis des lendemeins meilleurs, une fois intégrés aux institutions se retournent contre lui, leur dessein étant non d’apporter un quelconque changement mais de remplacer, de troquer leur identié contre des avantages.

Dans nos télévisions et nos programmes scolaires, nous ressassons, sur un mode folklorique, les récits et souvenirs de victoires et de hauts faits dont Imazighen ont été les martyres que nous sommes incapables de reproduire.Et ces souvenirs sont devenus un alibi et une cause pour notre impuissance. On empêche déliberemment la relève de se reproduire; notre histoire est bloquée et nous vivons sur la même génération qui a atteint, depuis longtemps, son seuil d’incompétence; nous fonctionnons avec des hommes rafistolés, parfois des pièces d’occasion. Une nation réduite au silence, qui sait mais n’ose pas, est une nation vouée à l’avilissement.

S’il ne reste aux Imazighen que la fibre de l’honneur, alors qu’ils disent non à la veulerie, non à l’injustice sous toutes ses formes et qu’ils meurent. Le pouvoir a fait des petits qui piaffent d’impatience de prendre leur part du « festin ». La pudeur des Imazighen a cédé sous l’assaut de l’indécence et de l’impudence.Imazighen, les hommes libres nous expliquent les historiens et les linguistes, rasent les murs, murmurent au lieu de parler, crier, hurler. Les plus valeureux tirent le diable par la queue.

Nous avons déja changé de millénaire mais nous ne changerons ni de pays ni de peuple. Jusqu’à hier nous avions le moral en berne, aujourd’hui l’espoir du peuple amazigh claque au vent. Le vent de l’espoir et de la délivrance souffle dans ses voile, les coupables tremblent, ses détracteurs tatonent et les innocent éspèrent. Nous sommes un peuple jeune et frais. Moralement notre unité ne s’était suffisamment cimentée pour que les idéologies meurtrières orientalitaristes glissent sur elle comme la pluie sur un impérméable. Notre amazighité est porteuse d’espoir et de valeurs sûres, qui ont fait leur preuve à travers l’histoire des civilisations, qui nous propulseront dans la modernité dont se réclament encore recemment les nations civilisées. Ce sont ces valeurs qui donneront au peuple amazigh l’énergie morale nécessaire pour qu’il s’arrache de l’avilissement dans lequel il se trouve embourbé par la force et la contrainte. Ce sont ces valeurs d’honneur, de justice et d’équité qui constituent sa force, une force semblable à celle qui permet à une fusée de s’arracher de la pesanteur terrestre.

Au seul du troisième millénaire, Imazighen ont fait entendre leur voix. Ils ont marché dans les voies publiques, dénoncé le génocide qui vise leur destruction. Le pouvoir est certes intransigeant et campe sur ses positions, aménageant sporadiquement queqlques changements tactiques, de surface. Le peuple amazigh se redresse. Au niger et au Mali, il a depuis longtemps pris les armes. En Algérie, sa négation risque d’hypothéquer le devenir du pays. Aux Iles Canaries, le sursaut a été rapide. En Tunisie et en Libye, la repression s’essouffle. Au Maroc, les tentatives d’instrumentalisations et de récupérations du pouvoir s’éfilochent devant la poussée massive et sereine du combat amazigh.
    

Auteur : Moha Moukhlis 
   

nous sommes BERERES

Classé dans : Non classé — nailinassima @ 20:39

L’ORIGINE DES BERBÈRES

Gabriel CAMPS

[Islam : société et communauté. Anthropologies du Mahgreb, sous la direction de Ernest Gellner, les Cahiers C.R.E.S.M, Éditions CNRS, Paris, 1981.]

Connus depuis l’antiquité pharaonique sous les noms de Lebu, Tehenu, Temehu, Meshwesh, les Berbères subsistent dans un immense territoire qui commence à l’ouest de l’Égypte. Actuellement des populations parlant le berbère habitent dans une douzaine de pays africains, de la Méditerranée au sud du Niger, de l’Atlantique au voisinage du Nil.

Mais cette région qui couvre le quart Nord-Ouest du continent n’est pas entièrement berbérophone, loin de là ! Aujourd’hui, dans cette région, l’arabe est la langue véhiculaire, celle du commerce, de la religion, de l’État, sauf dans la marge méridionale, du Sénégal au Tchad où la langue officielle est le français. Ainsi, les groupes berbérophones sont isolés, coupés les uns des autres et tendent à évoluer d’une manière divergente. Leur dimension et leur importance sont très variables. Les groupes kabyle en Algérie, Braber et Chleuh au Maroc représentent chacun plusieurs centaines de milliers d’individus tandis que certains dialectes, dans les oasis, ne sont parlés que par quelques dizaines de personnes. C’est la raison pour laquelle les cartes d’extension de la langue berbère n’ont pas grande signification. Le territoire saharien couvert par les dialectes touareg (tamahaq) en Algérie, Libye, Mali et Niger est immense mais les nomades berbérophones qui le parcourent et les rares cultivateurs de même langue ne doivent guère dépasser le nombre de 250 ou 300 000. Ils sont à peine plus nombreux que les habitants du Mzab qui occupent dans le Sahara septentrional, un territoire mille fois plus exigu. Le bloc kabyle est dix fois plus peuplé que la région aurasienne, plus vaste, où est parlé un dialecte berbère différent.

En fait il n’y a aujourd’hui ni une langue berbère, dans le sens où celle-ci serait le reflet d’une communauté ayant conscience de son unité, ni un peuple berbère et encore moins une race berbère. Sur ces aspects négatifs tous les spécialistes sont d’accord… et cependant les Berbères existent.

Légendes antiques et modernes sur les origines des Berbères
     Hercule et les calembours
     Du Caucase à L’atlantide
Les données de l’anthropologie
     L’homo sapiens du Maghreb
     Les protoméditerranéens capsiens mangeurs d’escargots
     La mise en place des paléo-berbères
Les données linguistiques
Petit lexique
Quelques sites

LÉGENDES ANTIQUES ET MODERNES SUR LES ORIGINES DES BERBÈRES

Hercule et les calembours

Rares sont les peuples comme les Berbères dont les origines ont été recherchées avec autant de constance et d’imagination. Dès la plus haute Antiquité, des récits circulaient dans les milieux savants et chez les mythographes sur les origines des habitants de l’Afrique. Le plus connu, parce que des générations de lycéens pâlirent sur les pages du De Bello Jugurthino, nous est rapporté par Salluste.

La légende des origines perse et mède

Les premiers habitants de l’Afrique furent, dit Salluste, les Gétules et les Libyens, gens grossiers et barbares qui se nourrissaient de la chair des bêtes sauvages ou de l’herbe des prés, à la façon des troupeaux. Plus tard, des Mèdes, des Arméniens et des Perses conduits par Hercule en Espagne, passèrent en Afrique et se mêlèrent, les premiers avec les Libyens, les Perses avec les Gétules. Tandis que les Mèdes et Libyens, bientôt confondus sous le nom de Maures, eurent de bonne heure des villes et échangèrent des produits avec l’Espagne, les Gétules et les Perses condamnés à une vie errante, prirent le nom de Nomades. Cependant la puissance de ces derniers s’accrut rapidement, et sous le nom de Numides, ils conquirent tout le pays jusqu’au voisinage de Carthage.

Cette légende, Salluste n’en revendique nullement la paternité ; il dit même qu’elle est contraire à la tradition la plus répandue (et que nous ne connaissons pas) mais qu’elle est, en revanche, admise par les indigènes. Il la rapporte d’après une traduction qui lui aurait été faite des livres puniques du roi Hiempsal (libri punici qui regis Hiempsalis dicebantur).

De la première époque, antérieure à Hercule, ou plus exactement Melqart, le dieu phénicien qui fut assimilé au fils d’Alcmène, Salluste donne le cliché habituel par lequel l’érudit moyen dépeint, à tort, les temps primitifs. Ces Libyens et Gétules, chasseurs et cueilleurs, sont bien évidemment des peuples de la Préhistoire que Salluste, ou plutôt Hiempsal, rejette dans les temps mythiques. Il nous faut cependant retenir l’existence de deux éléments de population dans l’Afrique la plus archaïque. Quel fait permettait d’établir cette distinction sinon une différence dans les genres de vie née elle-même des conditions géographiques et par conséquent de la localisation de ces peuples ? Or, de l’avis unanime des historiens anciens et modernes, les Gétules étaient des nomades dont on trouve les traces évanescentes depuis les rives de l’Océan jusqu’au golfe des Syrtes. Pour les écrivains classiques, étaient généralement qualifiés de Gétules tous les nomades méridionaux distincts des Éthiopiens et des Garamantes. Les Gétules étant nomades on en déduit que les Libyens d’Hiempsal, ceux qui « eurent de bonne heure des villes » étaient les ancêtres des sédentaires.

Cette distinction élémentaire, et banale, avait été faite bien avant Hiempsal ou Salluste puisque le père de l’Histoire lui-même, Hérodote (IV, 181, 186, 191), après avoir décrit une longue suite de peuplades depuis l’Égypte jusqu’au lac Triton, précisait :

« Je viens d’indiquer les Libyens nomades qui habitent le long de la mer. Au-dessus d’eux, à l’intérieur des terres, se trouve la Libye des bêtes sauvages… Mais au couchant du Lac Tritonis (c’est-à-dire au Nord étant donné l’orientation incorrecte attribuée à la côte à partir des territoires carthaginois) les Libyens ne sont plus nomades et n’ont plus les mêmes coutumes… ce sont des Libyens cultivateurs… Ils ont des maisons et sont appelés Maxyes ». Dans un raccourci assez simpliste mais exact, Hérodote oppose « la Libye orientale (où) habitent les nomades (qui) est basse et sablonneuse jusqu’au fleuve Triton, et celle à l’occident de ce fleuve, habitée par les cultivateurs (qui) est très montagneuse, très boisée… « .

Cette dernière phrase a une portée considérable car elle n’est pas applicable au seul territoire carthaginois du Sahel qui est particulièrement plat, mais à la totalité de l’Afrique du Nord, le pays de l’Atlas.

Le Triton qui s’identifie au golfe de Gabès est donc une limite géographique importante, particulièrement nette et précise dans l’esprit d’Hérodote, qui marque le partage entre les Nomades et les cultivateurs habitant des maisons.

C’est encore par les grands chotts tunisiens que les géographes font aujourd’hui aboutir la limite méridionale de l’Afrique du Nord ; la coïncidence serait curieuse si elle n’était précisément dictée par la nature.

Mais que viennent faire les Perses, les Mèdes et les Arméniens dans le récit des origines numides et maures ? Certes il est traditionnel, dans les textes antiques, que l’origine des peuples soit située en Orient et que des Orientaux soient impliqués dans le peuplement de la Libye occidentale, cela répond à un cliché habituel. Mais pourquoi les Perses et les Mèdes qui, Grecs et Latins le savaient bien, ne pouvaient être considérés comme des peuples de navigateurs? Revoyons de plus près le texte de Salluste : « Les Mèdes, les Perses et les Arméniens qui faisaient partie (de l’armée d’Hercule mort en Espagne) passèrent en Afrique sur des vaisseaux et occupèrent les pays voisins de notre mer. Les Perses s’établirent plus loin que les autres, du côté de l’Océan… peu à peu ils se fondirent par des mariages avec les Gétules ». La localisation méridionale des prétendus Perses nous apporte paradoxalement l’explication de leur présence inattendue dans la partie occidentale de la Maurétanie, celle que les Romains nommèrent Maurétanie Tingitarie, dans le Maroc actuel. De nombreux auteurs grecs ou romains, Strabon, Pline citant Polybe, Pomponius Mela, Ptolémée, le géographe anonyme de Ravenne, Priscien de Césarée recopiant Denys le Périégète et bien d’autres que J. Desanges a patiemment relus, font connaître dans le Sud du Maroc, vraisemblablement entre l’Atlas, le Draa et le Guir deux peuplades, les Pharusiens et les Perorsi. La ressemblance entre les noms et une localisation très voisine ont fait admettre à certains auteurs, S. Gsell en particulier, qu’il s’agissait d’un seul et même peuple.

Ce n’est pas sûr, mais il est en revanche, tout à fait admissible que l’analogie ou l’homonymie factice entre Pharusii, Perorsi et Persae soit à l’origine de la prétendue arrivée des Perses en Maurétanie. De fait, Pline l’Ancien rappelle incidemment que les Pharusii, qu’il nomme parfois Perusii, sont les descendants des Perses conduits par Hercule aux limites occidentales du monde habité (V, 46).

Un autre calembour, mode de pensée analogique dont les auteurs de l’Antiquité étaient très friands, explique de même la présence des Mèdes en Afrique. De nombreuses tribus paléoberbères portaient, dans l’Antiquité, le nom de Mazices. Il s’agit en fait du nom que les Berbères se donnent eux-mêmes Imazighen (au singulier Amazigh.). Ce nom a été transcrit par les étrangers sous des formes variées : Meshwesh par les Égyptiens, Mazyes et Maxyes par les Grecs, Mazices et Madices par les Latins. Au XIVe siècle, le grand historien lbn Khaldoun explique qu’une branche des Berbères, les Branès, descend de Mazigh. Que certains habitants de l’Afrique antique aient déjà placé quelque ancêtre Mazigh ou Madigh en tête de leur généalogie ne saurait étonner puisqu’ils se sont, de tous temps, donné ce nom. De cette appellation viendrait donc l’apparition des Mèdes, ancêtres des Maures, en compagnie des Perses devenus les Pharusiens.

Quant aux Arméniens, leur présence légendaire doit s’expliquer par une semblable analogie avec quelque tribu paléoberbère dont le nom n’a malheureusement pas été conservé, à moins que l’on rapproche arbitrairement ces prétendus Arméniens de l’obscure tribu des Ourmana qui, au temps d’Ibn Khaldoun, c’est-à-dire au milieu du XIVe siècle, nomadisait dans la partie orientale du Maghreb.

Origines cananéennes

Bien plus illustre est le récit, nettement plus récent puisqu’il date du VIe siècle de notre ère, que nous donne Procope sur l’origine des Maures, terme générique qui, à l’époque, désignait tous les Africains qui avaient gardé leurs traditions et leur genre de vie en dehors de la culture citadine développée par Rome. Selon Procope, la conquête de la Terre Promise par Josué avait provoqué le départ des peuples qui occupaient le littoral. Ceux-ci, après avoir tenté de s’établir en Égypte qu’ils trouvèrent trop peuplée, se dirigèrent vers la Libye qu’ils occupèrent jusqu’aux Colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar) en fondant un grand nombre de villes. Procope précise : Leur descendance y est restée et parle encore aujourd’hui la langue des Phéniciens. Ils construisirent aussi un fort en Numidie, au lieu où s’élève la ville de Tigisis. Là, près de la grande source, on voit deux stèles de pierre blanche portant gravée en lettres phéniciennes et dans la langue des Phéniciens, une inscription dont le sens est :  » nous sommes ceux qui avons fui loin de la face du brigand Jésus (= Josué) fils de Navé  » (II, 10, 22).

Procope avait accompagné en Afrique le général byzantin Bélisaire et son successeur Solomon qui combattirent dans la région de Tigisis, au Sud de Cirta (Constantine) ; il avait vraisemblablement vu ou pris connaissance de l’existence de stèles puniques ou plus sûrement libyques. Cette région (Sigus, Sila, Tigisis) est précisément riche en grandes stèles, parfois véritables menhirs sculptés portant des dédicaces libyques. Ces énormes pierres (dont deux sont aujourd’hui au Musée de Constantine), supports d’inscriptions mystérieuses ou mal comprises de pauvres clercs de Numidie centrale, sont peut-être à l’origine du récit « historique » de Procope.

Ce récit s’appuie aussi sur une autre donnée dont nous trouvons la trace, un siècle plus tôt, dans une lettre de Saint Augustin. « Demandez – écrit-il –, à nos paysans qui ils sont : ils répondent en punique qu’ils sont des Chenani. Cette forme corrompue par leur accent ne correspond-elle pas à Chananaeci (Cananéens) ? ».

On a longtemps discuté sur le fait que les paysans africains voisins d’Hippone aient encore parlé le punique au Ve siècle de notre ère, plus d’un demi millénaire après la destruction de Carthage. C. Courtois (1950) s’était demandé si par l’expression « punice » Saint Augustin ne voulait pas désigner un dialecte berbère. Ses arguments n’emportèrent pas la conviction, et comme Ch. Saumagne (1953) et A. Simon (1955), je crois que Saint Augustin faisait réellement allusion à un dialecte sémitique. Bien qu’aucun texte ne vienne appuyer cette hypothèse, il est fort admissible que les Phéniciens aient eux-mêmes introduit le nom de Cananéens en Afrique. Plusieurs savants pensent même, comme A. di Vitta (1971), que le récit de Procope doit s’expliquer par le souvenir confus de la plus ancienne expansion phénicienne en Occident qui précéda largement la fondation de Carthage.

Autres origines légendaires de l’Antiquité

Elle n’est pas la seule que nous ait transmise l’Antiquité. S. Gsell, grâce à son incomparable érudition, a eu le mérite de les classer. Retenons les principales : selon Strabon, les Maures étaient des Indiens venus en Libye sous la conduite de l’inévitable Héraklès ; nous verrons que certains auteurs modernes ont voulu appuyer cette origine légendaire d’arguments scientifiques. Une origine orientale plus proche est proposée, pour les Gétules, par l’historien juif Flavius Joseph. Commentant le chap. X de la Genèse, il affirme tranquillement que l’un des fils de Koush, Euilas est le père des Euilaioi « qui sont aujourd’hui appelés Gaitouloi : Gétules ». D’autres étymologies aussi fantaisistes parsèment le récit de Flavius Joseph : ainsi Ophren, petit fils d’Abraham, serait allé conquérir la Libye ; ses descendants auraient donné le nom d’Afrique au pays.

Mais d’autres origines leur sont prêtées, surtout chez les auteurs grecs ; ainsi Hérodote dit que les Maxyes, qu’on peut identifier à des Berbères sédentaires, cultivateurs, se prétendaient descendre des Troyens. En écho à cette tradition si répandue dans le monde classique, répondent plusieurs assertions : Hécatée mentionne une ville de Cubos fondée par les Ioniens auprès d’Hippou Akra, l’actuelle Bône-Annaba. Dans la même région était située la ville de Meschela qui était, selon Diodore de Sicile, une création grecque.

Ainsi Plutarque, qui s’inspire vraisemblablement de Juba II, le savant roi de Maurétanie contemporain de l’empereur Auguste, dit que Héraklès, toujours lui ! avait laissé, dans le Nord de la Maurétanie Tingitane, des Olbiens et des Mycéniens. Or Ptolémée cite parmi les peuples de cette contrée les Muceni dont le nom semble bien être à l’origine de cette autre légende.

Légendes médiévales sur les origines des Berbères

Les historiens du Moyen Age, par de nombreux traits, conservent cette mode de pensée antique et, en Orientaux étroitement asservis au système patriarcal, sont particulièrement friands de généalogies interminables aussi ont-ils donné ou répété de nombreuses légendes sur les origines des Berbères. lbn Khaldoun, le plus grand d’entre eux, a consacré un chapitre entier de sa volumineuse Histoire des Berbères aux multiples généalogies que des écrivains de langue arabe, qui étaient souvent d’origine berbère, ont présentées avant lui. Tous donnent une origine orientale aux différentes fractions. La plus courante se rattache à celle déjà relatée par Procope. El Bekri les fait chasser de Syrie-Palestine par les Juifs, après la mort de Goliath. Il s’accorde avec El Masoudi pour les faire séjourner très peu de temps en Égypte. Selon d’autres, les Berbères seraient les descendants de Goliath (Djolouta). Or il n’est pas sans intérêt de noter que Goliath et Aguelid, qui veut dire roi dans les dialectes berbères du Nord, sont deux noms de la même famille. Ifricos, fils de Goliath, les aurait conduits en Afrique qui lui doit son nom (Ifrîqiya).

Ibn Khaldoun lui-même prend fermement position en faveur de ce qu’il appelle « le fait réel, fait qui nous dispense de toute hypothèse… : les Berbères sont les enfants de Canaan, fils de Cham, fils de Noé, ainsi que nous l’avons déjà énoncé en traitant des grandes divisions de l’espèce humaine. Leur aïeul se nommait Mazigh ; leurs frères étaient les Gergéséens (Agrikech) ; les Philistins, enfants de Casluhim, fils de Misraïrn, fils de Cham, étaient leurs parents. Le roi, chez eux, portait le titre de Goliath (Djalout). Il y eut en Syrie, entre les Philistins et les Israélites, des guerres rapportées par l’histoire, et pendant lesquelles les descendants de Canaan et les Gergéséens soutinrent les Philistins contre les enfants d’Israël. Cette dernière circonstance aura probablement induit en erreur la personne qui représenta Goliath comme Berbère, tandis qu’il faisait partie des Philistins, parents des Berbères. On ne doit admettre aucune autre opinion que la nôtre ; elle est la seule qui soit vraie et de laquelle on ne peut s’écarter » (traduction de Slane).

Malgré cette objurgation d’lbn Khaldoun, nous devons également tenir compte, car elle n’est pas sans conséquence, d’une autre opinion qu’il nous rapporte avec précision : « Tous les généalogistes arabes s’accordent à regarder les diverses tribus berbères dont j’ai indiqué les noms, comme appartenant réellement à cette race ; il n’y a que les Sanhadja et les Ketama dont l’origine soit pour eux un sujet de controverse. D’après l’opinion généralement reçue, ces deux tribus faisaient partie des Yéménites qu’lfricos établit en Ifrikia lorsqu’il eut envahi ce pays.

D’un autre côté, les généalogistes berbères prétendent que plusieurs de leurs tribus, telles que les Louata, sont Arabes et descendent de Himyer … »

Du Caucase à l’Atlantide

Les auteurs modernes, européens, ont longtemps été très partagés sur les origines des Berbères. Ils se sont montrés, tout en affectant d’appuyer leurs hypothèses d’arguments scientifiques, autant, sinon plus, imaginatifs que leurs prédécesseurs antiques ou médiévaux.

Au cours du XIXe siècle et encore au début du nôtre, les explications et propositions diverses peuvent s’ordonner suivant deux types de recherches, les unes sont d’ordre philologique et présentées surtout par les érudits allemands, les secondes sont archéologiques ou anthropologiques et sont l’œuvre de Français.

Cananéens ou Indiens?

Philologues et orientalistes, s’appuyant les uns sur les récits grecs et latins, les autres sur des textes arabes, ont cherché à étayer l’origine orientale par des arguments nouveaux. Movers accorde toute créance aux récits de Salluste et de Procope. Il estime que les Cananéens fugitifs seraient passés en Afrique sur les vaisseaux des Phéniciens et, se mêlant aux Libyens primitifs qu’ils auraient initiés à l’agriculture, seraient devenus les Libyphéniciens que mentionnent plusieurs textes antiques. Nous avons vu, qu’à l’époque actuelle, certains auteurs, comme A. di Vitta, pensent effectivement que la tradition cananéenne conserve le souvenir estompé d’une expansion antérieure à la fondation de Carthage.

Le développement de l’égyptologie favorisa également la tradition orientale car plusieurs savants ont cru que les Hyksos, originaires d’Asie mineure et de Syrie, chassés d’Égypte, se réfugièrent en partie en Afrique et se seraient mêlés aux Libyens.

Kaltbrunner et Ritter apportent, eux, les « preuves » à l’appui de l’origine indienne des Maures proposée par Strabon ; ainsi selon eux le nom de Berbère est analogue à celui des Warlevera, très anciens occupants du Dekkan. Le port de Berbera, en Somalie, les Barabra (singulier Berberi) qui habitent entre la première et la quatrième cataracte sur le Nil, et le toponyme Berber au Soudan leur semblent autant de jalons linguistiques entre le sous-continent Indien et le Maghreb.

Une origine grecque ou égéenne a été, en revanche, vigoureusement défendue par le Dr Bertholon dans les premières années du XXe siècle. Il recensa avec une totale imprudence les noms et les mots berbères qui, selon lui, auraient une racine grecque ou préhellénique. En collaboration avec E. Chantre, il rédigea un volumineux ouvrage sur les Recherches anthropologiques dans la Berbérie orientale (1913) où il appuie d’arguments anthropologiques, voire ethnologiques, son opinion sur les origines de ces populations. Bravement les auteurs osent écrire : La céramique berbère se divise en trois grandes classes

  1. céramique grossière à la main rappelant celle des dolmens, particulière surtout aux tribus de la grande race dolichocéphale ; son aire d’extension est celle de cet élément ethnique ;
  2. céramique à la main rappelant les modèles primitifs de la mer Égée… Cette céramique correspond avec la répartition des populations comprenant une proportion appréciable de dolichocéphales de petite taille;
  3. Céramique au tour, ornée par incisions, origine Gerba, pays de brachycéphales, a essaimé à Nabeul puis à Tunis, d’inspiration cypriote, moins archaïque que la précédente (p. 560).

Voilà à quelles étranges conclusions aboutissent des recherches reposant sur des présupposés et la certitude d’une permanence absolue des types humains et des techniques à travers les millénaires !

Berbères, Gaulois et dolmens

La recherche des origines aurait dû, semble-t-il, tirer un bénéfice plus sûr du développement de l’Archéologie en Afrique du Nord, et particulièrement de la fouille des monuments funéraires mégalithiques si nombreux en Algérie orientale et en Tunisie centrale. Hélas ! dans ce domaine, plus encore qu’ailleurs, les préjugés ethniques, voire nationaux, devaient engendrer les pires erreurs. Les dolmens nord-africains attirèrent très tôt l’attention des voyageurs européens. Shaw, dès le milieu du XVIIIe siècle, signalait ceux de Beni Messous près d’Alger. En 1833 le capitaine Rozet les décrit sous le nom de « monuments druidiques voisins de Sidi Ferruch ». Le chirurgien Guyon fut le premier en 1846 à y entreprendre des fouilles. Dans le compte rendu très sérieux qu’il présenta à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres il écrit : « ils ont tout à fait l’aspect des monuments druidiques que j’ai vus à Saumur et sur d’autres points de la France. Aussi quelques archéologues les attribuent aux Gaulois qui servaient dans les armées romaines, mais on serait tout aussi autorisé à les rapporter aux Vandales… ».

Le désir de retrouver, de part et d’autre de la Méditerranée, les mêmes faits archéologiques, expliquait et justifiait en quelque sorte la présence « celtique » puis française en Algérie. Cela paraît encore chez l’un des meilleurs archéologues et arabisants du Second Empire, L. Ch. Feraud qui commence ses recherches en 1860. Trois ans plus tard il entreprend, avec le paléontologue anglais Christy (celui-là même qui, avec E. Lartet, commençait l’exploration préhistorique de la vallée de la Vézère), les fouilles de la vaste nécropole mégalithique de Ras el Aïn Bou Merzoug, dans le voisinage de Constantine et acquiert la conviction que les dolmens sont les tombeaux des « Gallo-romains » établis en Afrique.

À cette époque héroïque de l’archéologie préhistorique tous les arguments, même les plus spécieux, étaient présentés pour affirmer l’origine celtique, donc française, des dolmens algériens. En 1862 paraissait, dans la série des célèbres Guides Joanne, l’itinéraire historique et descriptif de l’Algérie de L. Piesse. À la page 71 de cet opuscule on trouve une description sommaire des dolmens de Beni Messous attribués à une « légion armoricaine ». « Cette hypothèse, ajoute L. Piesse, peut s’appuyer sur une inscription tumulaire trouvée à Aumale. On y lit qu’un nommé Gargilius, tribun, commandant des vexillaires et d’un corps indigène était aussi chef d’une cohorte bretonne, décurion d’Auzia et de Rusguniae en l’année 263 de l’ère chrétienne … « . Or Gargilius Martialis avait, en réalité, commandé la première cohorte des Astyres dans la province de Bretagne (c’est-à-dire la Grande Bretagne) avant de venir en Afrique où il périt sous les coups des Bavares révoltés. On voit que les rapprochements proposés par L. Piesse n’étaient qu’une amusante suite de contresens.

Origines nordiques

Progressivement se développa l’idée que les dolmens étaient antérieurs aux Celtes ou Gaulois, mais cette opinion chronologiquement plus exacte ne s’accompagna pas d’un examen plus attentif des faits. Ainsi, A. Bertrand (1863) comme grand nombre de ses contemporains, croit à l’existence d’un « peuple des dolmens » progressivement chassé d’Asie, de l’Europe septentrionale, des îles Britanniques puis de Gaule et d’Espagne pour venir s’établir en Afrique du Nord. Dans le même courant d’opinion, H. Martin, s’appuyant sur les découvertes de l’égyptologie naissante qui faisait connaître, parmi les peuplades libyennes qui attaquèrent l’Égypte au temps de Mineptah et de Ramsès III, des Tamahous blonds, explique que des « Gaulois » ayant franchi les Pyrénées et traversé l’Espagne auraient conquis l’Afrique du Nord et implanté la civilisation mégalithique avant de s’attaquer à l’Égypte.

La présence indiscutable des populations ou plutôt d’individus blonds aux yeux clairs dans plusieurs régions montagneuses proches du littoral et actuellement berbérophones accrédita longtemps la légende d’une origine nordique de ces peuples : européens constructeurs de mégalithes pour les uns, Gaulois mercenaires de Carthage pour les autres (on sait, ne serait-ce que par la lecture de Salambô, à défaut de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile, le rôle tenu par les Gaulois dans la guerre des Mercenaires contre Carthage, entre les deux premières guerres puniques), Gallo-romains enrôlés dans les légions de l’Empire pour d’autres, ou bien encore descendants des pirates francs qui au IIIe siècle fréquentaient les parages du détroit de Gibraltar, Vandales enfin qui, après un siècle de domination ne pouvaient avoir disparu sans laisser de traces dans la population. N’allait-on pas jusqu’à retrouver dans le nom d’une obscure fraction, les Germana (ou Djermana), le souvenir de ces Germains réfugiés en Petite Kabylie après leur défaite ?

D’autres arguments anthropologiques vinrent s’agglutiner aux divagations historico-archéologiques ; ainsi J. Bourguignat reconnaît, à la suite de l’anthropologue Pruner-Bey que les dolmens de Roknia étaient l’œuvre de tribus berbères mêlées d’Égyptiens et de Nègres « dominés par une race d’Arias descendant d’Italie en Sicile et de Sicile en Afrique » (1868).

Berbères, Ibères et Sumériens

Dans les recherches des origines européennes des Berbères la Péninsule ibérique a la préférence. Certaines identités toponymiques troublantes entre les deux rives du Détroit, noms de fleuves et de villes – récemment J. Desanges vient d’en donner un précieux inventaire – appuient cette argumentation. Des rapprochements, infiniment plus fragiles avec la langue basque permettent de rappeler que Berbères et Ibères sont aussi proches par l’onomastique que par la géographie. Comme l’Antiquité connaissait des Ibères au Caucase, qui pourraient eux-mêmes être les ancêtres des Ibères d’Occident, voici une autre origine possible des Berbères : une philologie de l’à peu près, expliquait aussi sérieusement, à l’aide de rapprochements des plus fantaisistes, que les Berbères descendaient des… Sumériens !

Tour à tour ont été évoqués l’Orient pris globalement (Mèdes et Perses), la Syrie et le pays de Canaan, l’inde et l’Arabie du Sud, la Thrace, la Mer Égée et l’Asie mineure, mais aussi l’Europe du Nord, la Péninsule ibérique, les îles et la Péninsule italiennes… Il est sûrement plus difficile de rechercher les pays d’où ne viennent pas les Berbères

Il est vrai que pour d’autres littérateurs pseudo-scientifiques, la question trouve facilement sa solution : les Berbères sont tout simplement les derniers Atlantes. Les « preuves » ne manquent pas : l’Atlantide était située dans la partie de l’Océan proche de la Libye, les Canaries en sont les débris. Les premiers habitants de ces îles, les Guanches, ne parlaient-ils pas le berbère ?

LES DONNÉES DE L’ANTHROPOLOGIE

La formation de la population berbère, ou plus exactement des différents groupes berbères, demeure une question très controversée parce qu’elle fut mal posée. Les théories diffusionnistes ont tellement pesé depuis l’origine des recherches que toute tentative d’explication reposait traditionnellement sur des invasions, des migrations, des conquêtes, des dominations. Et si les Berbères ne venaient de nulle part ?

Plutôt que de rechercher avec plus ou moins de bonheur de vagues ressemblances de tous ordres et d’amalgamer des données de significations différentes, voire contradictoires, ne vaut-il pas mieux commencer par examiner les Berbères eux-mêmes et les restes humains ultérieurs à l’époque historique, époque ou, nous le savons, la population actuelle s’était déjà mise en place ?

En un mot nous devons logiquement accorder la primauté à l’Anthropologie. Mais celle-ci ne permet pas aujourd’hui de définir la moindre originalité « berbère » dans l’ensemble de la population sud méditerranéenne. Ce qui permet aujourd’hui encore de mentionner des groupes berbères dans le quart nord-ouest de l’Afrique est d’autre qualité, culturelle plus que physique. Parmi ces données culturelles la principale demeure la langue.

Nous examinerons donc successivement les données de l’Anthropologie et celles de la linguistique.

L’Homo sapiens du Maghreb

L’Homme atérien

Sans rechercher les origines mêmes de l’homme en Afrique du Nord, nous devons cependant remonter allègrement les millénaires pour comprendre comment s’est constitué le peuplement de cette vaste région actuellement pincée entre le Désert et la Méditerranée. Plaçons-nous au début de l’époque qu’en Europe les préhistoriens nomment Paléolithique supérieur : à ce moment vit déjà au Maghreb un homme de notre espèce, Homo sapiens sapiens, plus primitif que son contemporain européen, l’Homme de Cro-Magnon et qui est l’auteur de l’Atérien, culture dérivée du Moustérien. Cet homme atérien découvert à Dar es Soltan (Maroc) présente suffisamment d’analogies avec l’homme moustérien du Djebel Irhoud pour qu’on puisse admettre qu’il en soit issu. Plus intéressante encore est la reconnaissance d’une filiation entre cet homme atérien et son successeur, connu depuis fort longtemps au Maghreb sous le nom d’Homme de Mechta el-Arbi.

Origines de l’homme de Mechta el-Arbi

L’Homme de Mechta el-Arbi est un cromagnoïde ; il en présente les caractères physiques dominants : la grande taille (1,74 m en moyenne pour les hommes), la forte capacité crânienne (1650 cc), la disharmonie entre la face large et basse, aux orbites de forme rectangulaire plus larges que hautes, et le crâne qui est dolichocéphale ou mésocéphale.

À ses débuts, l’Homme de Mechta el-Arbi est associé à une industrie, nommée Ibéromaurusien, qui occupait toutes les régions littorales et telliennes. L’Ibéromaurusien, contemporain du Magdalénien et de l’Azilien européens, a déjà les caractères d’une industrie épipaléolithique en raison de la petite taille de ses pièces lithiques. Ce sont très souvent de petites lamelles dont l’un des tranchants a été abattu pour former un dos. Ces objets étaient des éléments d’outils, des sortes de pièces détachées dont l’agencement dans des manches en bois ou en os procurait des instruments ou des armes efficaces.

Traditionnellement, on pensait que l’Homme de Mechta el-Arbi, cousin de l’Homme de Cro-Magnon, avait une origine extérieure. Les uns imaginaient les Hommes de Mechta el-Arbi, venus d’Europe, traversant l’Espagne et le détroit de Gibraltar pour se répandre à la fois au Maghreb et aux îles Canaries dont les premiers habitants, les Guanches, avaient conservé l’essentiel de leurs caractères physiques avant de se mêler aux conquérants espagnols.

D’autres pensaient que l’Homme de Mechta el-Arbi descendait d’Homo Sapiens apparu en Orient (Homme de Palestine) et que de ce foyer originel s’étaient développées deux migrations. Une branche européenne aurait donné l’Homme de Cro-Magnon, une branche africaine aurait mis en place l’Homme de Mechta el-Arbi.

Origine orientale, origine européenne, deux éléments d’une alternative que nous avons déjà reconnue dans les récits légendaires de l’Antiquité ou dans les explications fantaisistes de l’époque moderne et qui se retrouve dans les hypothèses scientifiques actuelles. Malheureusement l’une et l’autre présentaient de grandes anomalies qui les rendaient difficilement acceptables. Ainsi la migration des Hommes de Cro-Magnon à travers l’Espagne ne peut être jalonnée ; bien mieux, les crânes du Paléolithique supérieur européen ont des caractères moins accusés que leurs prétendus successeurs maghrébins. Les mêmes arguments peuvent être opposés à l’hypothèse d’une origine proche orientale des Hommes de Mechta el-Arbi : aucun document anthropologique entre la Palestine et la Tunisie ne peut l’appuyer. De plus, nous connaissons les habitants du Proche-Orient à la fin du Paléolithique supérieur, ce sont les Natoufiens, de type proto-méditerranéen, qui diffèrent considérablement des Hommes de Mechta el-Arbi. Comment expliquer, si les Hommes de Mechta el-Arbi ont une ascendance proche orientale, que leurs ancêtres aient quitté en totalité ces régions sans y laisser la moindre trace sur le plan anthropologique ?

Reste donc l’origine locale, sur place, la plus simple (c’est la raison pour laquelle sans doute on n’y croyait guère !) et, aujourd’hui la plus évidente depuis la découverte de l’Homme atérien. Les anthropologues spécialistes de l’Afrique du Nord comme D. Ferembach et M.C. Chamla, admettent aujourd’hui une filiation directe, continue, depuis les néandertaliens nord-africains (Hommes du Djebel Irhoud) jusqu’aux Cromagnoïdes que sont les Hommes de Mechta el-Arbi. L’Homme atérien de Dar es Soltane serait l’intermédiaire mais qui aurait déjà acquis les caractères d’Homo sapiens sapiens.

Le type de Mechta el-Arbi va s’effacer progressivement devant d’autres hommes, mais sa disparition ne fut jamais complète. Ainsi trouve-t-on encore 8% d’hommes mechtoïdes parmi les crânes conservés des sépultures protohistoriques et puniques (Chamla, 1976). De l’époque romaine, dont les restes humains ont longtemps été dédaignés par les archéologues « classiques », on connaît encore quelques crânes de l’Algérie orientale qui présentent des caractères mechtoïdes. Du type de Mechta el-Arbi il subsiste encore quelques très rares éléments dans la population actuelle qui, dans sa quasi totalité, appartient aux différentes variétés du type méditerranéen : quelques sujets méso ou dolichocéphales à face basse, de taille élevée, et au rapport cranio-facial dysharmonique, rappellent les principaux caractères des Hommes de Mechta el-Arbi. Ils représentent tout au plus 3 % de la population au Maghreb ; ils sont nettement plus nombreux dans les îles Canaries.

Les Protoméditerranéens Capsiens mangeurs d’escargots

On ne peut cependant placer l’Homme de Mechta el-Arbi parmi les ancêtres directes des Berbères.

Apparition des Méditerranéens

À partir du VIIIe millénaire, on voit apparaître dans la partie orientale du Maghreb (nous sommes complètement ignorants de ce qui se passait au même moment, sur le plan anthropologique, dans les confins de l’Égypte et de la Libye), un nouveau type d’Homo sapiens qui a déjà les caractères de certaines populations méditerranéennes actuelles. Il est aussi de taille élevée (1,75 m pour les hommes de Medjez II, 1,62 m pour les femmes), mais il se distingue de l’Homme de Mechta el-Arbi par une moindre robustesse, un rapport crânio-facial plus harmonique puisque à un dolichocrâne correspond une face haute et plus étroite, les orbites sont plus carrées et le nez plus étroit. Les reliefs osseux de ce nouveau type humain sont atténués, l’angle de la mâchoire, en particulier, n’est pas déjeté vers l’extérieur, il n’y a donc pas extroversion des gonions comme disent les anthropologues. Or ce caractère est très fréquent, sinon constant chez les Hommes de Mechta.

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(a) « Crâne de Taza » : Type Ibéromaurusien, composé en grande partie de sapiens à l’aspect « cromagnoïde ».
(b) « Hommes de Medjez » : Type capsien, considéré comme Proto-Méditerranéen.
Images extraites de l’article Prothèse dentaire préhistorique ostéo-implantée

Ce type humain a reçu le qualificatif de Protoméditerranéen. Des groupes anthropologiquement très proches se retrouvent, à la même époque ou un peu avant en Orient (Natoufiens) et dans divers pays de la Méditerranée où ils semblent issus du type de Combe Capelle (appelé en Europe centrale Homme de Brno) qui est distinct de l’Homme de Cro-Magnon. Aussi D. Ferembach suppose l’existence en Orient, au Paléolithique supérieur, d’un homme proche de Combe Capelle.

Manifestement l’Homme de Mechta el-Arbi n’a pu donner naissance aux hommes protoméditerranéen. Ceux-ci, qui vont progressivement le remplacer, apparaissent d’abord à l’Est, tandis que les Hommes de Mechta el-Arbi sont encore, au Néolithique, les plus nombreux dans l’Ouest du pays. Cette progression d’Est en Ouest indique bien qu’il faut chercher au-delà des limites du Maghreb, l’apparition de ce type humain protoméditerranéen. Un consensus général de tous les spécialistes. anthropologues et préhistoriens, se dégage aujourd’hui pour admettre qu’il est venu du Proche-Orient.

On peut, à la suite de M.C. Chamla, reconnaître parmi les Protoméditerranéens deux variétés La plus fréquente, sous type de Médjez II, au crâne élevé, est orthognate, le second, moins répandu, celui de l’Aïn Dokkara, à voûte crânienne plus basse, est parfois prognate, sans toutefois présenter les caractères négroïdes sur lesquels on avait à tort attiré l’attention.

La civilisation capsienne

Ces hommes sont porteurs d’une industrie préhistorique qui a reçu le nom de Capsien, du nom antique de Gafsa (Capsa) auprès de laquelle furent reconnus pour la première fois les constituants de cette culture. Le Capsien couvre une période moins longue que l’Ibéromaurusien ; elle s’étend du VIIIe au Ve millénaire.

Grâce au grand nombre de gisements plaisamment nommés escargotières et à la qualité des fouilles qui y furent conduites, on a une connaissance satisfaisante des Capsiens et de leurs activités. On peut, dans leur cas, parler d’une civilisation dont les nombreux faciès régionaux reconnus à travers la Tunisie et l’Algérie révèlent certains traits constants. Sans nous appesantir sur l’industrie de pierre caractérisée par des outils sur lames et lamelles à bord abattu, des burins, des armatures de formes géométriques (croissants, triangles, trapèzes), nous rappellerons qu’elle est fort belle, remarquable par les qualités du débitage, effectué parfois au cours du Capsien supérieur par pression, ce qui donne des lamelles normalisées. Elle est remarquable également par la précision de la retouche sur des pièces d’une finesse extraordinaire, comme par exemple les micro-perçoirs courbes dits de l’Aïn Khanga. Mais le Capsien possède d’autres caractères qui ont pour l’archéologue et l’ethnologue une importance plus grande, je veux parler de ses œuvres d’art. Elles sont les plus anciennes en Afrique et on peut affirmer qu’elles sont à l’origine des merveilles artistiques du Néolithique. Elles sont même, et ceci est important, à l’origine de l’art berbère. Il y a un tel air de parenté entre certains de ces décors capsiens ou néolithiques et ceux dont les Berbères usent encore dans leurs tatouages, tissages et peintures sur poterie ou sur les murs, qu’il est difficile de rejeter toute continuité dans ce goût inné pour le décor géométrique, d’autant plus que les jalons ne manquent nullement des temps protohistoriques jusqu’à l’époque moderne.

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(Image: Logan Museum)

 

Les premiers Berbères

Sur le plan anthropologique les hommes capsiens présentent si peu de différence avec les habitants actuels de l’Afrique du Nord, Berbères et prétendus Arabes qui sont presque toujours des Berbères arabisés, que les archéologues négligèrent de conserver les squelettes découverts dans les escargotières car ils croyaient qu’il s’agissait d’intrus inhumés à une époque récente dans les buttes que constituent les gisements. Un de ces crânes séjourna même un certain temps dans le greffe du tribunal d’une petite ville d’Algérie orientale, Ain M’Lila, car on avait cru à l’inhumation clandestine de la victime d’un meurtre

Quoi qu’il en soit nous tenons, avec les Protoméditerranéens capsiens, les premiers Maghrébins que l’on peut, sans imprudence, placer en tête de la lignée berbère. Cela se situe il y a quelque 9 000 ans ! Certes tout concorde à faire admettre, comme nous l’avons dit ci-dessus, que ces Capsiens ont une origine orientale. Rien ne permet de croire à une brusque mutation des Mechtoïdes en Méditerranéens alors que les Natoufiens du Proche Orient dont les caractères anthropologiques affirmés antérieurement aux Capsiens sont du même groupe humain qu’eux et dans leur civilisation on peut retrouver certains traits culturels qui s’apparentent au Capsien.

Mais cette arrivée est si ancienne qu’il n’est pas exagéré de qualifier leurs descendants de vrais autochtones. Cette assertion est d’autant plus recevable qu’il ne subsiste que quelques traces des premiers occupants Mechtoïdes. Il est même troublant de constater que si Protoméditerranéens et Mechta el-Arbi ont pendant longtemps cohabité dans les mêmes régions, puisque ces derniers ont survécu jusqu’au Néolithique, même dans la partie orientale que fut « capsianisée » plus tôt, ils ne se sont pas métissés entre eux. L’atténuation des caractères mechtoïdes que l’anthropologue constate chez certaines populations antérieures à l’arrivée des Protoméditerranéens, ne peut s’expliquer que par une évolution interne répondant au phénomène général de gracilisation. De même, les Protoméditerranéens les plus robustes ou les plus archaïques ne présentent aucun caractère mechtoïde et les plus évolués s’écartent encore davantage de ce type.

La mise en place des Paléo-Berbères

Si nous passons aux temps néolithiques il n’est pas possible de saisir un changement notable dans l’évolution anthropologique du Maghreb. On note la persistance du type de Mechta el-Arbi dans l’Ouest et même sa progression vers le Sud le long des côtes atlantiques tandis que le reste du Sahara, du moins au Sud du Tropique du Cancer, est alors uniquement occupé par des négroïdes. Les Protoméditerranéens s’étendent progressivement. Arrivés à l’aube des temps historiques nous constatons que les hommes enterrés dans les tumulus et autres monuments mégalithiques sont du type méditerranéen quelle que soit leur localisation, sauf dans les régions méridionales où des éléments négroïdes sont discernables. Le Maghreb s’est donc, sur le plan anthropologique « méditerranéisé » sinon déjà berbérisé.

Méditerranéens robustes et Méditerranéens graciles

Mais une autre constatation s’impose immédiatement : certains de ces Méditerranéens sont de stature plus petite, leurs reliefs musculaires plus effacés, les os moins épais, en un mot, leur squelette est plus gracile. A vrai dire, les différences avec les Protoméditerranéens ne sont pas tranchées : il existe des formes de passage et de nombreuses transitions entre les Méditerranéens robustes et les Méditerranéens graciles. De plus, il n’y a pas eu élimination des uns par les autres puisque ces deux sous-types de la race méditerranéenne subsistent encore aujourd’hui. Les premiers forment le sous-type atlanto-méditerranéen bien représenté en Europe depuis l’Italie du Nord jusqu’en Galice le second est appelé ibéro-insulaire qui domine en Espagne du Sud, dans les îles et l’Italie péninsulaire.

En Afrique du Nord, ce sous-type est très largement répandu dans la zone tellienne, en particulier dans les massifs littoraux, du Nord de la Tunisie, en Kabylie, au Rif dans le Nord du Maroc, tandis que le type robuste s’est mieux conservé chez les Berbères nomades du Sahara (Touareg) dans les groupes nomades arabisés de l’Ouest (Regueibat), chez les Marocains du Centre et surtout du Sud (Ait Atta, Chleuh). Mais les deux variétés coexistent jusqu’à nos jours dans les mêmes régions. Ainsi en Kabylie d’après une étude récente de M.C. Chainla, le type méditerranéen se rencontre dans 70 % de la population mais se subdivise en trois sous-types : l’ibéro-insulaire dominant caractérisé par une stature petite à moyenne, à face très étroite et longue, l’atlanto-méditerranéen également bien représenté, plus robuste et de stature plus élevée, mésocéphale, un sous-type « saharien », moins fréquent (15 %) de stature élevée, dolicocéphale à face longue.

Un second élément qualifié d’alpin en raison de sa brachycéphalie, sa face courte et sa stature peu élevée, représente environ 10 % de la population, mais M.C. Chainla répugne à les confondre avec des Alpins véritables et songe plutôt à une variante « brachycéphalisée » du type méditerranéen.

Un troisième élément à affinités arménoïdes, de fréquence égale au précédent, se caractérise par une face allongée associée à un crâne brachycéphale.

En quantités infimes s’ajoutent à ce stock quelques individus conservant des caractères mechtoïdes, quelques métis issus d’un élément négroïde plus ou moins ancien et des sujets à pigmentation claire de la peau, des yeux et des cheveux.

Complexité et variabilité

Cet exemple montre la diversité du peuplement du Maghreb. Mais nous ne sommes plus au temps où la typologie raciale était le but ultime de la recherche anthropologique. Il était alors tentant d’assimiler les « types » ou « races » à des groupes humains venant s’agglutiner, au cours des siècles, à un ou plusieurs types plus anciens. Les recherches modernes, dans le monde entier, ont montré combien l’homme était, dans son corps infiniment plus malléable et sensible aux variations et particulièrement à l’amélioration des conditions de vie. La croissance de la taille, au cours des trois dernières générations, est un phénomène général largement ressenti et connu de l’opinion publique mais, aussi, facilement mesurable grâce aux archives des bureaux de recrutement. En moins d’un siècle la stature moyenne des Français a gagné 7 cm, ce qui est considérable et ne s’explique ni par une invasion ni par l’émigration systématique des hommes de petite taille. Cette croissance est due à l’amélioration des conditions de vie, à une alimentation plus riche et surtout à la disparition des travaux pénibles chez les enfants et adolescents. De fait, cette croissance de la stature est inégale entre les nations et, à l’intérieur de celle-ci, entre les régions en relation directe avec les développements économiques. Ainsi, entre 1927 et 1958, en quelques années, la stature moyenne à Tizi-Ouzou (Kabylie, Algérie) est passée de 164,6 cm à 167,4 cm alors que dans la région voisine plus deshéritée de Lakhdaria (ex. Palestro), de 1880 à 1958, l’augmentation ne fut que de 1,2 cm et ne semble pas significative.

D’autres travaux ont montré que la forme du crâne variait par « dérive génétique » comme disent les biologistes sans qu’il soit possible de faire appel au moindre apport étranger pour expliquer ce phénomène. Des variations séculaires ont pu être mises en lumière en France, ainsi les Auvergnats, de tendance dolichocéphale au Moyen Age, Sont devenus brachycéphales ; leur crâne s’est raccourci et élargi sans que la moindre invasion de la « race » alpine d’Europe centrale ait pu modifier la composante humaine du Massif central.

Cette malléabilité, cette sensibilité aux facteurs extérieurs tels que les conditions de vie et une orientation imprévisible due au hasard de la génétique paraissent à bien des anthropologues modernes, suffisantes pour faire l’économie de nombreuses et mythiques migrations et invasions dans la constitution des populations historiques. De nos jours l’évolution sur place paraît plus probable.

Ainsi M.C. Chamla explique l’apparition de la variété ibéro-insulaire à l’intérieur du groupe méditerranéen africain par le simple jeu de la gracilisation. Aucune différence de forme n’apparaît entre les crânes des époques capsienne, protohistorique et moderne ; seules varient les dimensions et dans un sens général qui est celui de la gracilisation.

Une Constante pression venue de l’Orient

Les Protoméditerranéens capsiens constituent certes le fond du peuplement actuel du Maghreb, mais le mouvement qui les amena, dans les temps préhistoriques, du Proche-Orient en Afrique du Nord, ne cessa à aucun moment. Ils ne sont que les prédécesseurs d’une longue suite de groupes, certains peu nombreux, d’autres plus importants. Ce mouvement, quasiment incessant au cours des millénaires, a été, pour les besoins de la recherche archéologique ou historique, sectionné en « invasions » ou « conquêtes » qui ne sont que des moments d’une durée ininterrompue.

Après les temps capsiens, en effet, au Néolithique, sont introduits animaux domestiques, moutons et chèvres dont les souches sont exotiques et les premières plantes cultivées qui sont elles aussi d’origine extérieure : ces animaux et ces plantes ne sont pas arrivés seuls, même si les hommes qui les introduisirent pouvaient être fort peu nombreux. A cette époque la plus grande partie du Sahara était occupée par des pasteurs négroïdes. Il est possible que chassés par l’assèchement intervenu après le IIIe millénaire, certains groupes se soient déplacés vers le Nord et aient atteint le Maghreb. Certains sujets négroïdes ont été reconnus dans les gisements néolithiques du Sud Tunisien, et au IVe siècle avant J.C., Diodore de Sicile connaît encore des populations semblables aux Éthiopiens (c’est-à-dire des gens de peau noire) dans le Tell tunisien, dans l’actuelle Kroumirie. Mais cet apport proprement africain semble insignifiant par rapport au mouvement insidieux mais continu qui se poursuit à l’Age des Métaux lorsque apparaissent les éleveurs de chevaux, d’abord « Équidiens », conducteurs de chars, puis cavaliers qui conquirent le Sahara en asservissant les Éthiopiens. Ces cavaliers, les historiens grecs et latins les nommeront Garamantes à l’Est, Gétules au Centre et à l’Ouest. Leurs descendants, les Berbères sahariens, dominèrent longtemps les Haratins qui semblent bien être les héritiers des anciens Éthiopiens.

Au cours même de la domination romaine, puis vandale et byzantine, nous devinons de longs glissements de tribus plus ou moins turbulentes à l’extérieur du Limes romain puis dans les terres mêmes de ce qui avait été l’Empire. Ainsi la confédération que les Romains nomment Levathae (prononcer Leouathae), et qui était au IVe siècle en Tripolitaine, se retrouve au Moyen Age, sous le nom de Leuata, entre l’Aurès et l’Ouarsenis. Ces Louata appartiennent avec de nombreuses autres tribus au groupe Zénète, le plus récent des groupes berbérophones dont la langue se distingue assez nettement de celle des groupes plus anciens que l’on pourrait nommer Paléo-berbères. Les troubles provoqués par l’irruption zénète s’ajoutant aux convulsions politiques, religieuses et économiques que subirent les provinces d’Afrique, favorisèrent grandement les entreprises conquérantes des Arabes. Quatre siècles plus tard, la succession des invasions bédouines, des Beni Hilal, Solaym, Maqil, ne sont elles aussi, que des moments, retenus par l’Histoire parce qu’elles eurent des conséquences catastrophiques, d’un vaste mouvement qui débuta une dizaine de millénaires plus tôt.

Les apports méditerranéens

Si la population du Maghreb a conservé, vis-à-vis du Proche-Orient, une originalité certaine, tant physique que culturelle, c’est qu’un second courant, nord-sud celui-ci, tout en interférant avec le premier, a marqué puissamment de son empreinte ces terres d’Occident.

Ce courant méditerranéen s’est manifesté dès le Néolithique. Le littoral du Maghreb connaît alors les mêmes cultures que les autres régions de la Méditerranée occidentale, les mêmes styles de poterie. Tandis qu’au Sud du détroit de Gibraltar apparaissent des techniques aussi caractéristiques que le décor « cardial » fait à l’aide d’une coquille de mollusque marin, style européen qui déborde sur le Nord du Maroc, à l’Est se répandent les industries en obsidienne venues des îles italiennes. En des âges plus récents, la répartition de monuments funéraires, comme les dolmens et les hypogées cubiques, ne peut s’expliquer que par un établissement permanent d’un ou plusieurs groupes méditerranéens venus d’Europe. Cet apport méditerranéen proprement dit a eu certes plus d’importance culturelle qu’anthropologique. Mais si certains éléments culturels peuvent, pour ainsi dire, voyager tout seuls, les monuments et les rites funéraires me paraissent trop étroitement associés aux ethnies pour qu’on puisse imaginer que la construction de dolmens ou le creusement d’hypogées aient pu passer le détroit de Sicile et se répandre dans l’Est du Maghreb sans que des populations assez cohérentes les aient apportés avec elles.

Sans réduire la primauté fondamentale du groupe protoméditerranéen qui est continental, originaire de l’Est et qui connut des enrichissements successifs, on ne doit pas négliger pour autant ces apports proprement méditerranéens, plus récents, moins importants sur le plan anthropologique, mais plus riches sur le plan culturel.

C’est de l’interférence de ces deux éléments principaux auxquels s’ajoutèrent des apports secondaires venus d’Espagne et du Sahara que sont nées, au cours des siècles, la population et la civilisation rurale du Maghreb.

LES DONNÉES LINGUISTIQUES

L’apport des études linguistiques ne peut être négligé dans un essai de définition des origines berbères dans la mesure où la langue est aujourd’hui le caractère le plus original et le plus discriminant des groupes berbères disséminés dans le quart nord-ouest du continent africain.

Une indispensable prudence

Les idiomes berbères adoptent et « berbérisent » facilement nombre de vocables étrangers : on y trouve des mots latins, arabes (parfois très nombreux on compte jusqu’à 35 % d’emprunts lexicaux à l’arabe, en kabyle), français, espagnols… Il semble que le libyque était tout aussi perméable aux invasions lexicales, surtout en onomastique.

On doit par conséquent se montrer très prudent devant les rapprochements aussi nombreux qu’hasardeux proposés entre le berbère et différentes langues anciennes par des amateurs ou des érudits trop imprudents. D’après Bertholon le libyque aurait été un dialecte hellénique importé par les Thraces ; d’autres y voient des influences sumériennes ou touraniennes. Plus récemment l’archétype basque a été mis en valeur, avec des arguments à peine moins puérils. Les amateurs du début du siècle croyaient, en effet, pouvoir fonder leurs apparentements en constituant de longues listes de termes lexicaux parallélisés à ceux de la langue de comparaison. De tels rapprochements sont faciles, on peut ainsi noter de curieuses convergences de vocabulaire aussi bien avec les dialectes amérindiens qu’avec le finnois.

Ces dévergondages intellectuels expliquent l’attitude extrêmement prudente des berbérisants qui, inconsciemment sans doute, désireraient que soit reconnue l’originalité intrinsèque du berbère. Cette attitude va même jusqu’à douter parfois de la parenté entre le berbère et le libyque, ou, plus exactement, leur prudence est telle qu’ils voudraient être bien sûrs que la langue transcrite en caractères libyques fût une forme ancienne du berbère.

Cette attitude plus que prudente apparaît dans un texte célèbre d’A. Basset : « En somme la notion courante du berbère, langue indigène et seule langue indigène jusqu’à une période préhistorique… repose essentiellement sur des arguments négatifs, le berbère ne nous ayant jamais été présenté comme introduit, la présence, la disparition d’une autre langue indigène ne nous ayant jamais été clairement attestées » (La langue berbère. L’Afrique et l’Asie, 1956).

Les inscriptions libyques

Malgré leur nombre et un siècle de recherches, les inscriptions libyques demeurent en grande partie indéchiffrées. Comme le signalait récemment S. Chaker (1973), cette situation est d’autant plus paradoxale que les linguistes disposent de plusieurs atouts : des inscriptions bilingues puniques-libyques et latines-libyques, et la connaissance de la forme moderne de la langue ; car, si nous n’avons pas la preuve formelle de l’unité linguistique des anciennes populations du Nord de l’Afrique, toutes les données historiques, la toponymie, l’onomastique, le lexique, les témoignages des auteurs arabes confirment la parenté du libyque et du berbère. En reprenant l’argument négatif dénoncé par A. Basset, mais combien déterminant à mon avis, si le libyque n’est pas une forme ancienne du berbère on ne voit pas quand et comment le berbère se serait constitué.

Les raisons de l’échec relatif des études libyques s’expliquent, en définitive, assez facilement : les berbérisants, peu nombreux, soucieux de recenser les différents parlers berbères n’ont guère, jusqu’à présent, apporté une attention soutenue au libyque dont les inscriptions stéréotypées ne sont pas, à leurs yeux, d’un grand intérêt. En revanche, les amateurs ou les universitaires non berbérisants, qui s’intéressaient à ces textes en raison de leur valeur historique ou archéologique, n’étaient pas armés pour cette étude.

Enfin le système graphique du libyque, purement consonantique, se prête mal à une reconstitution intégrale de la langue qu’il est chargé de reproduire.

L’apparentement du berbère

Cependant l’apparentement du berbère avec d’autres langues, géographiquement voisines fut proposé très tôt ; on peut même dire dès le début des études. Dès 1838, Champollion, préfaçant le Dictionnaire de la langue berbère de Venture de Paradis, établissait une parenté entre cette langue et l’Égyptien ancien. D’autres, plus nombreux, la rapprochaient du sémitique. Il fallut attendre les progrès décisifs réalisés dans l’étude du Sémitique ancien pour que M. Cohen proposât, en 1924, l’intégration du berbère dans une grande famille dite Chamito-Sémitique qui comprend en outre l’Égyptien (et le Copte qui en est sa forme moderne), le Couchitique et le Sémitique. Chacun de ces groupes linguistiques a son originalité, mais ils présentent entre eux de telles parentés que les différents spécialistes finirent par se rallier à la thèse de M. Cohen.

Ces parallélismes ne sont pas de simples analogies lexicales ; ils affectent la structure même des langues comme le système verbal, la conjugaison et l’aspect trilitère des racines, bien qu’en berbère de nombreuses racines soient bilitères, mais cet aspect est du à une « usure » phonétique particulièrement forte en berbère et que reconnaissent tous les spécialistes. Ce sont ces phénomènes d’érosion phonétique qui, en rendant difficiles les comparaisons lexicales avec le Sémitique, ont longtemps retenu les Berbérisants dans une attitude « isolationniste » qui semble aujourd’hui dépassée.

Quoi qu’il en soit, la parenté constatée à l’intérieur du groupe Chamito-sémitique entre le berbère, l’égyptien et le sémitique, ne peut que confirmer les données anthropologiques qui militent, elles aussi, en faveur d’une très lointaine origine orientale des Berbères.

Laboratoire d’anthropologie et de préhistoire des pays de la Méditerranée occidentale



Lexique (rédaction Mondeberbere.com, d’après l’encyclopédie Hachette)

  • Brachycéphale. Dont le crâne arrondi est presque aussi large que long, en parlant d’une personne ou d’un animal. « Tête ronde ».
  • Capsien (de Capsa, nom antique de Gafsa). Se dit d’une culture préhistorique de l’Afrique du Nord, qui correspond à la fin du Paléolithique supérieur européen. Synonyme gétulien.
  • Dolichocéphale / dolicrâne. Dont le crâne est allongé dans le sens antéropostérieur, en parlant de l’homme. « Tête longue ».
  • Orthognate. Voir Prognathe.
  • Prognathe. Qui a une ou des mâchoire(s) proéminente(s) (par opp. à orthognate).

Liens (rédaction Mondeberbere.com)

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Culture

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.



Au plan individuel, la culture est l’ensemble des connaissances acquises, l’instruction, le savoir d’un être humain.

Au plan collectif, la culture représente également l’ensemble des structures sociales, religieuses, etc., et les comportements collectifs tels que les manifestations intellectuelles, artistiques, etc., qui caractérisent une société.

La culture comprend ainsi trois grands groupes de manifestations : l’art, le langage, la technique.

Par extension (usitée en éthologie), la culture désigne tout comportement, habitude, savoir, système de sens Lien vers un homonyme? (en anthropologie) appris par un individu biologique, transmis socialement et non par héritage génétique de l’espèce à laquelle appartient cet individu.

culture dans Non classé 15px-Searchtool-80%25 Article détaillé : éthologie.

La culture se définit de cette manière et comme un ensemble de connaissances transmis par des systèmes de croyance, par le raisonnement ou l’expérimentation, qui la développent au sein du comportement humain en relation avec la nature et le monde environnant. Elle comprend ainsi tout ce qui est considéré comme acquisition de l’espèce, indépendamment de son héritage instinctif, considéré comme naturel et inné. Ce mot reçoit alors des définitions différentes selon le contexte auquel on se réfère.

Culture

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types de cultures

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théories sur les dynamiques de la culture

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Définitions [modifier]

Selon Geert Hofstede : la culture est une programmation mentale collective propre à un groupe d’individu.

Étymologie [modifier]

L’étymologie du mot culture, du mot latin colere (« habiter », « cultiver », ou « honorer ») suggère que la culture se réfère, en général, à l’activité humaine. Ce mot prend des significations notablement différentes, voire contradictoires, selon ses utilisations.

Le terme (latin cultura) suggère l’action de cultiver, dans le domaine de l’agriculture en particulier : cultiver des fleurs… Le terme de culture est également employé en éthologie. Cicéron fut le premier à appliquer le mot cultura à l’être humain : Un champ si fertile soit-il ne peut être productif sans culture, et c’est la même chose pour l’humain sans enseignement. (Tusculanes, II, 13).

Dans l’Histoire, l’emploi du mot s’est progressivement élargi aux êtres humains. On note que le terme culte a une étymologie voisine (latin cultus), et qu’il est employé pour désigner l’hommage rendu à une divinité.

Pluralité de définitions [modifier]

Différentes définitions du mot culture reflètent les différentes théories pour comprendre ou évaluer l’activité humaine. En 1952, Alfred Kroeber et Clyde Kluckhohn ont écrit une liste de plus de 200 différentes définitions du mot culture dans leur livre Culture: a critical review of concepts and definitions.

La définition que peuvent en faire les gouvernements lorsqu’ils fixent sa mission au Ministère de la Culture diffère de celle que l’on en donne dans les sciences humaines, ou de celle qui correspond à la culture générale de chacun d’entre nous.

Culture individuelle et culture collective [modifier]

En langue française, le mot culture désigne tout d’abord l’ensemble des connaissances générales d’un individu. C’est la seule définition qu’en donne en 1862 le Dictionnaire national de Bescherelle, et connaissances scientifiques y sont présentées au premier plan. C’est ce que nous appelons aujourd’hui la « culture générale ».

Après le milieu du XXe siècle, le terme prend une seconde signification. Par exemple, le Petit Larousse de 1980 donne, en plus de la conception individuelle, une conception collective : ensemble des structures sociales, religieuses, etc., des manifestations intellectuelles, artistiques, etc., qui caractérisent une société. Le terme peut alors revêtir l’un ou l’autre sens, mais la proximité des domaines d’utilisation de chacun en fait une source d’ambiguïté.

Il se trouve qu’en langue allemande, la définition de la culture individuelle ou culture générale correspond au mot Bildung [1], et qu’il existe un autre mot, Kultur, [2], qui correspond à un patrimoine social, artistique, éthique appartenant à un ensemble d’individus disposant d’une identité. Ainsi, ce terme homophone, qui correspond plutôt en français à l’une des acceptions de civilisation, et par les échanges d’idées entre la France et l’Allemagne, s’est petit à petit amalgamé avec le sens initial du mot culture en français. Cette seconde définition est en train de supplanter l’ancienne, correspondant à la culture individuelle. Néanmoins, les dictionnaires actuels citent les deux définitions, en plaçant le plus souvent la culture individuelle en premier.

Il y donc actuellement en français deux acceptions différentes pour le mot culture :

  • la culture individuelle de chacun, construction personnelle de ses connaissances donnant la culture générale ;
  • la culture d’un peuple, l’identité culturelle de ce peuple, la culture collective à laquelle on appartient.

Ces deux acceptions diffèrent en premier lieu par leur composante dynamique :

  • la culture individuelle comporte une dimension d’élaboration, de construction (le terme Bildung est généralement traduit en éducation), et donc par définition évolutive et individuelle ;
  • la culture collective correspond à une unité fixatrice d’identités, un repère de valeurs relié à une histoire, un art parfaitement inséré dans la collectivité ; la culture collective n’évolue que très lentement, sa valeur est au contraire la stabilité, le rappel à l’Histoire.

C’est dans cette dichotomie que ces deux significations peuvent s’opposer :

La culture collective comporte une composante de rigidité pouvant s’opposer au développement des cultures individuelles, ou pouvant conduire à des contre-cultures, concept qui est inimaginable avec le sens individuel, la connaissance ne pouvant être que positive.

La science, toujours en évolution, n’est de ce fait pas raccrochée au concept de culture individuelle, dans les acceptions populaires, alors qu’elle en est une des composantes principales dans la teneur initiale du terme.

Mais c’est par l’art et l’histoire que les deux concepts se rejoignent. La culture individuelle inclut la connaissance des arts et des cultures, celle des différentes cultures humaines, mais bien évidemment celle affiliée à la culture (collective) à laquelle appartient l’individu.

C’est là le point d’amalgame entre les deux acceptions : la culture (individuelle) est comprise comme connaissance de la culture (collective) dont on dépend. Fusionnant ainsi deux acceptions différentes, le terme culture tend actuellement, en France, vers un compromis dans son acception courante, où il désignerait essentiellement des connaissances liées aux arts et à l’Histoire, plus ou moins liées à une identité ethnique.

Les deux sens doivent cependant être analysés distinctement : la culture collective et la culture individuelle se recoupent en réalité, non seulement par leur homonymie, mais aussi par l’appartenance d’un individu à une entité culturelle.

Langage courant [modifier]

L’utilisation populaire du mot culture dans beaucoup de sociétés occidentales, permet de réaliser un classement de son caractère en fonction de la consommation de biens ou de l’exercice d’activités considérées comme élitistes : la cuisine, l’art, et la musique par exemple.

Types de composants [modifier]

Une conception courante de la culture consiste à la regarder comme formée de quatre éléments qui sont « transmis de génération en génération en apprenant » :

– les valeurs ;
– les normes ;
– les institutions ;
– les artefacts.

Julian Huxley donne une division légèrement différente, en mentifacts, socifacts et artifacts, pour des sous-systèmes idéologiques, sociologiques, et technologiques respectivement. La socialisation, du point de Huxley, dépend du sous-système de croyance. Le sous-système sociologique gouverne l’interaction entre les gens. Les objets matériels et leur utilisation forment le sous-système technologique.

En général, les archéologues se focalisent sur la culture matérielle, alors que l’anthropologie culturelle se focalise sur la culture symbolique, encore que in fine les deux groupes s’intéressent aux relations entre ces deux dimensions. De plus, les anthropologues conçoivent le mot « culture » pour se référer non seulement à la consommation de biens, mais au processus général qui produit de tels biens et leur donne une signification, et aux relations et pratiques sociales dans lesquelles de tels objets et processus sont imbriqués.

Les valeurs [modifier]

Les valeurs comprennent les idées sur ce qui semble important dans la vie. Elles guident le reste de la culture.

Dans le monde anglo-saxon, les valeurs mises en avant pour cimenter la culture collective sont souvent les croyances, généralement religieuses. Les États-Unis défendent la laïcité, encore qu’en pratique on y affiche beaucoup plus facilement sa religion qu’en Europe.

En France, il existe une certaine tradition de la laïcité, que l’on pourrait faire remonter au gallicanisme : Philippe le Bel, puis à la Pragmatique Sanction de Bourges. L’édit de Nantes fut également une façon de promouvoir la qualité de citoyen par rapport à celle de croyant, dissociant la sphère publique et privée. Bossuet contribua aussi à formaliser le gallicanisme. La Révolution française introduisit un statut civil équivalent pour tous les citoyens, indépendant des croyances ou appartenances religieuses. Le sentiment de laïcité culmina en France au tournant du XIXe et du XXe siècle, avec la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l’État (voir laïcité en France).

La France est un pays qui serait plutôt de tradition catholique, où se côtoient les grandes religions monothéistes que sont le christianisme, l’islam (de plus en plus présent) et le judaïsme, toutes trois des religions abrahamiques. On retrouve cette présence des trois religions monothéistes dans toute l’Europe. Il y a aussi des bouddhistes, ou d’autres croyances d’origine asiatique ou africaine.

Les normes [modifier]

Les normes sont constituées par les attentes sur la façon dont les personnes doivent se comporter dans diverses situations. Chaque culture a des méthodes, appelées sanctions, pour imposer ses normes. Les sanctions varient avec l’importance de la norme ; les normes qu’une société impose formellement ont le statut de lois.

On notera qu’en France, la langue française a le statut de langue officielle, et qu’à ce titre, elle est la langue de l’administration et du droit.

Aux États-Unis, il existe une tradition normative très importante en matière industrielle et financière. Les normes comptables en Europe sont actuellement assez largement inspirées des normes américaines.

Les institutions [modifier]

Les institutions sont les structures de la société dans lesquelles les valeurs et les normes sont transmises.

On a vu que, dans le cas de la France, la défense de la langue fut prise très tôt en charge par le souverain, François Ier pour le statut de langue officielle du français (1539), Richelieu pour l’Académie française. De là est née, en France et dans la plus grande partie de l’Europe, une tradition qui lie la culture avec les institutions publiques.

Aux États-Unis, il n’existe pas une emprise aussi importante de la puissance publique sur la culture proprement dite. De nombreuses grandes entreprises ont des collections d’œuvres d’art telles qu’elles ouvrent des musées privés par exemple (musée Guggenheim, les grands musées comme le Metropolitan…). Aux États-Unis, l’internet comme véhicule culturel (sa vocation première était militaire) est géré par des systèmes de propriété intellectuelle très élaborés, dans la tradition américaine (Thomas Jefferson). L’industrie du cinéma est privée. L’emprise de l’État américain est en revanche très forte dans les secteurs militaire et informatique.

En France, la grande majorité des institutions culturelles sont publiques : académies (on l’a vu), musées, bibliothèques, médiathèques, conservatoires, salles de concert et de théâtre, opéras, Maisons des jeunes et de la culture. La France est l’un des seuls pays où il existe un ministère de la Culture. L’État prend en charge les questions de francophonie, qui sont dans les prérogatives de l’administration (ministère de la Culture, délégation au développement durable…).

On retrouve un schéma assez voisin dans les autres pays européens, même s’il est moins accentué : au Royaume-Uni par exemple, les salles de concert (Royal Albert Hall…), les orchestres, les musées, sont publics. De ce point de vue, le Royaume-Uni se distingue des États-Unis, les traditions culturelles étant assez distinctes, malgré une langue commune.

En France, on trouve quelquefois aussi des institutions privées (châteaux privés, écomusée d’Alsace, le Puy du Fou) qui sont issus le plus souvent d’initiatives régionales, même si leur rayonnement est souvent national. Depuis une trentaine d’années les collectivités locales (communes, départements et régions) se sont dotées de leur propre politique culturelle et jouent un rôle essentiel dans l’animation et la régulation de la vie culturelle locale. Ces politiques, souvent menées en partenariat avec les services de l’État, participent de plusieurs logiques : facilité l’accès à la culture du plus grand nombre, soutenir la création et les artistes, contribuer au développement économique et renforcer l’image des collectivités locales.

La culture fait maintenant partie des responsabilités de l’Union européenne, dans le cadre des principes de subsidiarité. En particulier, l’Union européenne doit veiller à l’application de la politique linguistique européenne, qui pose certaines difficultés de mise en œuvre.

On a ainsi deux modèles assez distincts : le modèle américain, caractérisé par une alliance forte entre public et privé (où le privé joue un rôle prépondérant en matière purement culturelle), et le modèle européen, essentiellement public.

Les artefacts [modifier]

Les artefacts — choses ou aspects de la culture matérielle — dérivent des valeurs et des normes d’une culture.

Les grandes manifestations de la culture collective [modifier]

Culture et art [modifier]

La culture est aussi indissociable du patrimoine artistique, dans le sens où elle est un rattachement à des valeurs traditionnelles. Cet aspect de la culture est beaucoup plus marqué en Europe et en Asie, qu’en Amérique et surtout aux États-Unis, pour des raisons historiques évidentes.

Néanmoins, les États-Unis admirent le patrimoine culturel européen, car il s’agit de leurs racines culturelles : on le constate dans les acquisitions des œuvres d’art, dans leur présence dans les lieux artistiques (Paris, Bruges, Venise, Égypte…), dans les mécénats américains pour la restauration de quelques éléments symboliques du patrimoine européen (château de Versailles…), dans les échanges musicaux (chefs d’orchestre…), etc. Le respect des Américains pour l’histoire monarchique de la France paraît surprenant au premier abord, mais il révèle cet attachement à un patrimoine historique qu’ils n’ont pas, et une reconnaissance au rôle joué par la France dans l’Histoire et dans la défense des libertés aux États-Unis.

Lorsqu’on parle de patrimoine, on pense le plus souvent à l’architecture, mais c’est aussi la sculpture, la peinture, le vitrail, la musique, la littérature, le folklore, la langue

En Asie et en Afrique du Nord, on trouve un patrimoine extraordinairement riche, dans les civilisations chinoise, indienne, arabes par exemple. Le patrimoine de l’Afrique noire est aussi redécouvert (arts premiers).

Culture et langage [modifier]

Voir aussi : Langue et culture

La langue est probablement, dans les sociétés humaines, ce qui permet le mieux de véhiculer une culture, tant orale qu’écrite. C’est ainsi que la culture française s’est développée dans l’Europe des Lumières, en fait essentiellement parce qu’elle était parlée dans plusieurs cours princières. Cette prééminence du français était due au rayonnement culturel de la France au XVIIIe siècle, et à l’admiration que des souverains étrangers (en Prusse, en Russie…) portaient, à tort ou à raison, aux souverains français.

Cette prééminence avait en réalité été préparée par l’édit de Villers-Cotterêts, signé par François Ier en 1539, qui établissait le français comme langue officielle, c’est-à-dire comme langue de l’administration et du droit (écrit). Puis, au XVIIe siècle, de grands écrivains donnèrent au français classique ses lettres de noblesse. La France est probablement l’un des seuls pays au monde où la langue parlée (et officielle) est soutenue par un système d’académies, qui en contrôlent le bon usage. L’Académie française fut fondée dans ce sens par Richelieu en 1635.

Aujourd’hui, la langue anglaise est devenue une langue véhiculaire, porteuse d’un grand nombre d’informations dans des domaines comme le militaire, la finance, la science, et aussi et surtout l’informatique, la plupart des langages informatiques étant historiquement formés sur des mots de la langue anglaise. Les normes, en particulier comptables (l’informatique étant issues à l’origine de la comptabilité générale), tendent à imposer un certain modèle culturel.

En France, après la Seconde Guerre mondiale, on tendit à réagir contre cette forme d’impérialisme linguistique en établissant des liens culturels avec les pays de langue française dans le monde : la francophonie.

On voit également s’établir des liens culturels autour de l’espagnol, entre l’Espagne et l’Amérique du Sud par exemple.

L’arabe est également un bon exemple des liens culturels établis autour de cette langue parlée le plus souvent dans le monde musulman, et qui véhicula une brillante civilisation entre le VIIIe et le XVe siècle.

Le langage étant l’un des modes de communication les plus importants (mais pas le seul), on voit apparaître des modèles linguistiques de communication fondés sur les fonctions du langage. Dans le schéma de Jakobson, par exemple, on voit ces concepts culturels liés au message lui-même, contenus notamment dans le code de communication.

Culture et technique [modifier]

Sciences et techniques sont en interaction permanente, puisque les techniques sont les applications des sciences dans la société. Parler des manifestations techniques de la culture revient donc à aborder ses relations avec les sciences.

On constate, depuis plus de trois siècles, une sorte d’incompréhension entre les sciences (plus précisément les sciences « exactes ») et la culture, voire à des conflits, dont on pourrait trouver les racines dans la controverse ptoléméo-copernicienne.

Voir : Relation entre science et foi.

Claude Allègre note, dans Un peu de science pour tout le monde :

« Dans un monde que la rationalité façonne, l’irrationalité tend à prendre le pouvoir, comme le montre l’essor sans précédent des astrologues, cartomanciens, et sectes de tout poil. La raison principale de cette dérive est qu’au nom d’une spécialisation nécessaire et toujours exigeante, les scientifiques se sont isolés et ont laissé la science s’abstraire de la culture générale. Or, il n’y a pas d’avenir pour un savoir humain, quel qu’il soit, en dehors de la culture, et il ne saurait être de culture dans le monde d’aujourd’hui qui tienne la science à distance. »

Le philosophe Hans Jonas montre en effet, dans le Principe responsabilité (1979), que l’homme tend à adopter, vis-à-vis de la science et surtout de ses applications technologiques, un comportement prométhéen. Il prône le principe de précaution et se trouve à l’origine des principes philosophiques du développement durable.

L’astrophysicien Jean Audouze, ancien directeur de l’Institut d’astrophysique de Paris, dresse le même constat, et appelle de ses vœux une réconciliation entre la science et la culture.

Voir : Jean Audouze : réconcilier la science et la culture

Importance et place de la culture collective [modifier]

La diversité culturelle dans la société [modifier]

On distingue à travers le monde, les cultures écrites et les cultures orales.

La langue, écrite ou orale, joue ainsi un rôle essentiel dans l’élaboration d’une forme de connaissance sociale, qui est la pensée du sens commun, socialement élaborée et partagée par les membres d’un même ensemble social ou culturel. On appelle quelquefois cette connaissance commune une représentation sociale.

Dans le domaine de l’archéologie et de l’anthropologie, la culture se définit comme étant l’ensemble des connaissances et des comportements qui caractérisent une société humaine, ou plus généralement un groupe humain à l’intérieur d’une société.

Seulement quelques cultures sont parvenues à l’état de civilisation dans l’histoire de l’humanité.

Même s’il existe une culture dominante dans une société, généralement formée autour de la culture de l’élite, il se forme toujours des groupes sociaux dont les intérêts, les pratiques, sont particuliers par rapport à la culture dominante. On trouve ainsi diverses formes de cultures, comme la culture populaire, la culture de masse, la culture de jeunesse, ou ce que l’on appelle la subculture (ou culture intime).

La culture enfantine se distingue de celle des adultes, car les systèmes de représentation d’un enfant et d’un adulte sont nécessairement différents.

Faire dialoguer des personnes de cultures différentes peut nécessiter une médiation interculturelle. Des personnes se sont spécialisées dans la médiation culturelle.

La culture par rapport à la nature [modifier]

Beaucoup de projets du XVIIIe siècle au début du XXe siècle, qui eurent lieu dans le cadre de la révolution industrielle, mais aussi encore beaucoup de personnes aujourd’hui, identifient souvent la culture ou la « civilisation » à un état évolué de l’humanité, qui s’opposerait, selon eux, à l’état sauvage, la « nature » étant un état sauvage selon eux.

Tel n’était pourtant pas le cas de beaucoup de philosophes des Lumières, comme John Locke qui fonda la philosophie politique sur la loi de la nature (law of nature), Robert Boyle, auteur d’ouvrages sur la méthode expérimentale (voir philosophie de la nature), Jean-Jacques Rousseau (rêveries d’un promeneur solitaire), Samuel von Pufendorf (qui inspira la constitution des États-Unis), ou de nombreux courants de peinture au XIXe siècle (école de Barbizon, impressionnisme…).

Dans les dernières décennies, de nombreux philosophes se sont inquiétés des rapports avec la nature (René Dubos, Hans Jonas…).

Voir : Philosophie de la nature, développement durable

Même si la culture physique était à l’origine cantonnée aux gymnases, le développement des activités sportives modernes tend à rapprocher de la nature : alpinisme, ski (notamment le ski de fond), cyclisme, kayak, canyoning

Le facteur culturel dans la mondialisation [modifier]

Sans doute la mondialisation fait intervenir des enjeux culturels considérables. Après la fin de la guerre froide, on assiste ainsi parfois à ce que l’on appelle un choc des civilisations.

Depuis la chute du mur de Berlin (1989), on tend ainsi à voir apparaître un modèle prédominant, le modèle anglo-saxon réputé « libéral« , mais où, en fait, on trouve un engagement très fort de la puissance publique américaine dans l’industrie de l’armement et l’industrie informatique (voir Éric Denécé et Claude Revel, l’autre guerre des États-Unis, 2005). L’emprise américaine est particulièrement forte sur les aspects culturels, et joue sur les interactions multiples (entreprises, partenariats avec des ONG) à partir des composants fondamentaux de la culture (valeurs, normes, institutions, artefacts).

Ce modèle anglo-saxon, appuyé sur l’anglais comme langue véhiculaire, tend à imposer certains modes de fonctionnement dans les institutions mondiales, notamment commerciales, qui, selon certains observateurs, peuvent traduire une forme d’impérialisme culturel et linguistique.

Le développement de la culture de masse depuis les années 1930, dans le sillage de l’américanisation, a favorisé des modes de consommation et de production qui ne sont plus forcément aujourd’hui compatibles avec les contraintes sociétales contemporaines.

Face à cette forme de domination, certains pays réagissent en prônant la diversité culturelle, voire l’exception culturelle, et s’organisent en conséquence.

En France, l’expression exception culturelle tend à prendre un sens péjoratif, dans la mesure où les solutions adoptées pour défendre la diversité culturelle passent par des formes d’action concentrées autour de l’État (aides publiques et subventions aux différentes formes de médias…), qui ne vont pas nécessairement dans le sens de la qualité de la création culturelle.

Les relations entre culture et entreprises privées [modifier]

15px-Searchtool-80%25 Article détaillé : Culture d’entreprise.

L’objectif des entreprises n’est pas le plus souvent de produire de la culture. Néanmoins, et même dans les secteurs autres que la culture, d’une part, on trouve de plus en plus de liens avec les activités culturelles, et d’autre part la notion de culture d’entreprise se développe, avec l’apparition de chartes définissant les valeurs partagées des personnes travaillant dans une même entreprise.

Historiquement, ce fut la création des comités d’entreprise qui permit d’abord aux employés de bénéficier d’activités culturelles proches de leur lieu de travail (prêt de livres, de disques…).

Plus récemment, les activités de mécénat se sont multipliées, afin de renforcer l’image des entreprises : par exemple le sport (voile, tennis, football, cyclisme…), pour donner une image d’esprit d’équipe.

Le mécénat tend à s’ouvrir aujourd’hui à des activités plus artistiques. On peut voir par exemple des entreprises privées participer à l’organisation d’expositions. Ainsi une entreprise du secteur pétrolier peut trouver des intérêts à participer à des expositions en relation avec la culture arabo-musulmane par exemple.

Dans le cadre de stratégies de développement durable et de responsabilité sociétale, on trouve aujourd’hui une multiplication des messages des entreprises autour de chartes d’entreprise, et de mécénats culturels ou sociaux. Ces différents aspects ont pour objectif de renforcer l’image de l’entreprise.

Ce type d’activité est très naturel aux États-Unis, où les relations entre entreprises et ONG s’établissent facilement. Ce mode de fonctionnement décentralisé et privé n’est pas encore totalement passé dans les mœurs dans beaucoup de pays européens, particulièrement en France, où la puissance publique, on l’a vu, joue traditionnellement un rôle important. Les ONG culturelles peuvent pourtant favoriser l’éducation dans les pays en développement (en Afrique par exemple), et renforcer les liens.

Néanmoins, si l’entreprise considère le mécénat comme de la communication pure dans ses rapports d’activité annuels (voir responsabilité sociétale), cela peut cacher dans certains cas des insuffisances dans les stratégies.

La culture d’entreprise, impulsée par les décideurs, et expliquée aux employés et aux parties prenantes de l’entreprise, devrait ainsi participer, d’une manière générale, à la construction d’une culture stratégique d’entreprise.

La culture par rapport à la psychologie sociale [modifier]

Les aspects culturels peuvent jouer un rôle en psychologie sociale.

On observe en effet, dans les sciences cognitives, que certains caractères psychologiques peuvent bloquer la perception de phénomènes par un individu, et, au niveau d’un organisation, former obstacle à la perception de l’environnement, et par suite à l’identification, l’évaluation, et l’expression de phénomènes globaux, comme les risques par exemple.

Lorsque ces effets sont individuels, on parle de biais cognitifs, comme l’ancrage mental, le biais d’autocomplaisance

Lorsque des effets similaires se produisent sur un ensemble d’individus appartenant à une même communauté, on parlera plutôt de biais culturel.

Évolution, diffusion et sélection culturelles [modifier]

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La catégorie Rayonnement culturel contient d’autres articles sur le sujet des types de rayonnement culturel.

Principes généraux de l’évolution culturelle [modifier]

Tout comme il y a une évolution biologique, certains éthologues, ainsi que plusieurs généticiens, estiment qu’il y a une évolution culturelle, et que cette évolution se fait par mutation, puis est transmise par des « gènes » de la culture, appelés mèmes, qui subissent une pression sociale et environnementale, aboutissant à leur disparition ou au contraire à leur expansion.

Mais la spécificité durable des cultures humaines est qu’elles fonctionnent comme des « conversations politiques » entre positions différentes, des processus de propositions-objections, réorganisant constamment les collectifs sociaux. La disparition d’une culture n’est donc pas nécessairement la « mort » d’un organisme, mais le passage à une autre configuration conversationnelle ; l’abandon de certaines métaphores collectives pour d’autres. Comme l’a montré la grande anthropologue britannique Mary Douglas, aucune culture humaine n’est en effet « homogène » : elle résulte toujours d’une différenciation interne entre partisans – ou adeptes – de valeurs plus individualistes, de valeurs plus collectives, de solutions organisationnelles -hiérarchiques – et enfin de formes de résistance passive à toutes les valeurs. Même dans les sociétés dites — à tort — « primitives » et supposées « sans histoire », il n’existe pas de stabilité culturelle, de consensus sans résistance, d’unicité sans variations individuelles ou collectives.

Depuis que les primates humains ont adopté le langage symbolique pour représenter leurs relations, celui-ci les a entraînés dans un mouvement rapide qui les distingue des cultures des autres primates (telles que les décrit par exemple l’éthologue Frans de Waal, lorsqu’il parle de « politique du Chimpanzé ») : les mots fixés par les systèmes de signifiants ne sont en effet jamais assez précis et englobants pour empêcher la controverse. Ainsi l’histoire des cultures (à commencer par celle des mythes étudiés par Claude Lévi-Strauss) est-elle celle d’une sorte de « course-poursuite » entre différentes façons de « prendre la vie ».

Il est possible que la culture mondiale en formation réduise la richesse des possibilités des milliers de cultures encore existantes, mais elle pourra difficilement absorber dans un modèle unique les différentes « passions fondamentales » dont elle est le lieu d’expression, non seulement dans l’art ou la religion, mais aussi dans l’activité pratique et dans le débat politique.

Culture et médias, le phénomène du web [modifier]

Conscients de l’importance des médias (journaux, radio, téléphone, télévision,…), dans la diffusion de la culture, les gouvernements ont souvent eu la tentation de contrôler la diffusion des informations par la prise de contrôle des médias. Cela prit parfois des formes de propagande, soit via l’art, ou la nationalisation des moyens de diffusion par l’État.

À l’époque du web, l’approche moderne pour appréhender la diffusion de la culture par les médias, mais aussi par la langue, est sans doute celle de la médiologie. Ce qui caractérise aujourd’hui la diffusion par les médias, spécifiquement internet, c’est que l’individu n’est plus seulement destinataire de l’information (radio, télévision) ou émetteur dans une relation un à un (téléphone). Il peut aussi émettre à un grand nombre d’individus, par le biais de forums, messageries, blogs…

Cette forme de communication fait penser à l’apparition de l’imprimerie au XVe siècle. On sait comment cette forme de diffusion bouleversa la société européenne, pour finalement assurer un fort développement lors de la Renaissance, à travers les grandes découvertes.

À notre époque, nous vivons un passage de la culture de l’écrit à une culture de l’information codée numériquement sur support électronique : disque, CD-ROM, diffusion par internet… Cette transformation radicale n’est pas sans poser des problèmes de propriété intellectuelle pour les artistes. Par exemple, l’industrie du disque peut être gravement menacée par la multiplication des actes de piratage.

Un autre aspect significatif de cette mutation est le fait que les bibliothèques sont maintenant amenées à s’ouvrir aux médias numériques. On appelle de plus en plus les bibliothèques des médiathèques, puisque le support du média n’est plus seulement le papier, mais un support numérique. Il s’agit alors de bibliothèques numériques. La sélection sur critères des ouvrages sur des écrans informatiques permet de trouver plus facilement l’ouvrage dans les rayonnages, et l’information recherchée.

Lorsque la médiathèque renferme des jeux, il s’agit alors d’une ludothèque.

Le nombre de sites web dans chaque pays, et notamment le nombre de sites web par habitant, est un indicateur de la diffusion contemporaine de la culture, autour de la langue.

Culture et zones de contact entre civilisations [modifier]

L’Histoire montre que les zones de contact entre civilisations peuvent être sources de conflits, ou au contraire extrêmement fructueuses sur le plan des échanges culturels.

On peut citer par exemple les échanges maritimes dans la Grèce antique entre les cités et leurs colonies (Élée, Phocée…), dans la Rome antique, Venise, les zones de contact en Espagne entre musulmans et chrétiens (Califat de Cordoue), la Syrie après les conflits des Croisades, la route de la soie, le royaume de Roger II de Sicile (qui apporta une connaissance cartographique précieuse à l’occident à partir du savoir arabo-musulman, à Palerme), les voyages de missionnaires et d’explorateurs, le commerce à partir de Bruges (villes hanséatiques et relations maritimes avec le sud de l’Europe), le protectorat français au Maroc

C’est par ce type d’échanges que de nombreux traités scientifiques et philosophiques sont parvenus en occident, depuis la Grèce antique, l’Asie, la Mésopotamie, l’Inde, ainsi que des techniques très utiles : boussole, sextant, informations cartographiques, papier, imprimerie, chiffres « arabes »…

Culture générale d’un individu [modifier]

La culture d’un individu, aussi appelée culture générale, correspond à l’ensemble des connaissances qu’il a sur le monde.

Elle est en partie construite par l’éducation et l’enseignement, mais comprend de surcroît une part de construction active de la part de l’individu. Elle comprend aussi une dimension de structuration de l’esprit, vis-à-vis de l’ensemble des connaissances : La culture est ce qui reste lorsque l’on a tout oublié (attribué en général à Édouard Herriot). Cette structuration donne au sujet cultivé la capacité de rattacher facilement un quelconque domaine d’étude à ses connaissances. C’est la culture générale.

Ainsi, la culture générale peut inclure des connaissances aussi diverses que l’Histoire, la musique, l’art, la littérature, les sciences, l’astronomie, la géographie, la philosophie, le cinéma, le sport

On voit cependant que cette conception de la culture, qui peut paraître élitiste, correspond en fait à la définition de la culture individuelle. Les cultures de différents groupes sociaux (culture populaire par exemple) peuvent comporter des formes de connaissances plus variées ou plus particulières.

Par rapport à ces formes de culture, la culture générale est le fond de culture minimal que devrait posséder un individu pour pouvoir s’intégrer dans la société.

Citations [modifier]

« La biologie ignore le culturel. De tout ce que l’homme a appris, éprouvé, ressenti au long des siècles, rien ne s’est déposé dans son organisme, rien n’est passé dans la bête. » Jean Rostand biologiste (1894-1977)

« Une culture qui ne serait pas une insurrection permanente de l’esprit ne serait qu’une industrie de plus. » Jean-Marie Domenach (Europe, le défi culturel 1990)

« Quand les hommes sont morts ils rentrent dans l’histoire, quand les statues sont mortes, elles rentrent dans l’art, cette botanique de la mort, c’est ce que nous appelons la culture. » Chris Marker (Les Statues meurent aussi d’Alain Resnais)

« La culture, c’est la manière dont un groupe de personnes résout ses problèmes. » F. Trompenaars

« la culture est par essence une programmation mentale collective. » G. Hofstede

« La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. » Édouard Herriot

« Croyant, avec Max Weber, que l’homme est un animal suspendu dans des toiles de signification qu’il a lui-même tissées, je considère que la culture est ces toiles ». Clifford Geertz, The Interpretation of Cultures, 1973

« L’incapacité patente de la culture occidentale à comprendre et à prendre au sérieux, l’expérience acquise des autres cultures dont certaines ont su apporter aux questions de survie des réponses radicalement différentes des siennes, constitue l’un des plus graves dangers pour l’avenir de notre planète ». Terrence Heath

« La culture fait figure d’objectif ultime d’un développement bien compris, c’est-à-dire considéré comme visant à l’épanouissement total de l’être humain. La conception opposée, et purement matérialiste, consiste, à ajouter au développement, une pincée de culture et à agiter le mélange ».

« C’est la culture qui inspire les fins qui donnent sens à notre existence ».

« Une culture, c’est seulement l’ensemble des moyens offerts aux hommes qui relèvent d’elle, pour s’approcher de la Vérité ». (Denis de Rougemont)

« Nostalgie des or. (Cf. conscience) : « Il serait vain d’ignorer que presque toutes les philosophies et les idéologies contemporaines reconnaissent que le mode d’être spécifique de l’homme dans l’Univers, le force à être un créateur de culture, c’est-à-dire, de langage, d’institution, de techniques, d’art, etc. » Mircéa Eliade :

« La culture c’est comme la confiture, moins on en a plus on l’étale. »

« La culture ou civilisation…est cette totalité complexe qui comprend les connaissances, les croyances, les arts, les lois, la morale, la coutume, et toute autre capacité ou habitude acquises par l’homme en tant que membre de la société » Edward Tylor, 1871.

« La culture c’est comme une parachute, moins on en a plus on s’écrase ».

« La culture, c’est ce qui répond à l’homme quand il se demande ce qu’il fait sur la terre ». André Malraux

Bibliographie [modifier]

  • D. Lestel, Les Origines animales de la culture, Paris, 2003 (Champs, 543) [ISBN 2-080-80069-8].
  • R. Boyd, J. Silk, L’Aventure humaine : des molécules à la culture, Bruxelles, 2004, trad. de la 3e éd. [ISBN 2-8041-4333-3].
  • D. Cuche, La Notion de culture dans les sciences sociales, Paris, 2004, 3e éd. (Repères, 205) [ISBN 2-7071-4264-6].
  • Jean Dubuffet, Asphyxiante culture, Edition de Minuit, Paris, 1986 [ISBN 2707310840]
  • Peter Sloterdijk, La Domestication de l’être, Edition Mille et une nuits, 2000 [ISBN 2842055039]
  • Paul Claval: géographie culturelle

Sur les politiques culturelles :

  • Philippe Poirrier, L’État et la culture en France au XXe siècle, Paris, Le Livre de Poche, 2006.
  • Philippe Poirrier, Art et pouvoir de 1848 à nos jours, Cndp, 2006.
  • Philippe Poirrier, Les Politiques culturelles en France, Paris, La Documentation française, 2002.
  • Serge Regourd, L’Exception culturelle, Paris, Puf, 2002.

Voir aussi [modifier]

Culture collective et civilisation [modifier]

Culture individuelle [modifier]

Manifestations de la culture [modifier]

Aspects sociaux [modifier]

Organisations chargées de la culture [modifier]

Technique [modifier]

Autres [modifier]

Artisanat, Commerce, Politique, Artificiel, Religion

Faune et flore [modifier]

Liens externes [modifier]

   

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Le Wiktionnaire possède une entrée pour « culture ».

Notes [

12
 

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